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2019 et les médias au Québec

2019 et les médias au Québec

Écrit par
Marie-Ève Martel
le
31 décembre 2019

2019 a été marquée par plusieurs événements touchant l’industrie des médias. Des procès à l’issue déterminante pour la profession, l’annonce d’aide gouvernementale aux médias et dossiers controversés : l’année qui s’achève a été riche en rebondissements.

2019 et les médias au Québec

2019 : une année où le Québec a définitivement ressenti les effets de la crise des médias et qui aura vu se dérouler plusieurs combats pour la liberté de presse.

Des affaires qui ont fait jaser

Les sources de Marie-Maude Denis protégées… pour l’instant

Grand soulagement pour Marie-Maude Denis, mais aussi pour tous les journalistes au pays : la journaliste de Radio-Canada n’aura pas à dévoiler ses sources dans le cadre de la poursuite intentée contre l’ex-ministre libéral Marc-Yvan Côté, a tranché la Cour Suprême.

Cette décision mettait à l’épreuve la toute récente loi fédérale sur la protection des sources journalistiques, adoptée en 2017 à l’unanimité par les élus de la Chambre des communes. Les juges du plus haut tribunal du pays maintiennent donc que les journalistes ne devraient être contraints de dévoiler l’identité de leurs sources confidentielles qu’en dernier recours et que lorsque l’intérêt public le commande.

Accusé de fraude, abus de confiance et complot, Marc-Yvan Côté alléguait que des éléments de l’enquête policière ayant mené à son arrestation avaient été coulés à la journaliste d’Enquête, ce qui compromettait son droit à un procès juste et équitable. Il réclamait donc que Mme Denis dévoile l’identité de ses sources pour prouver ses dires et faire annuler la poursuite à son endroit.

Néanmoins, la Cour Suprême a renvoyé la cause en première instance à la lumière de nouvelles preuves.

Toujours dans ce dossier, dont l’ex-vice première ministre libérale Nathalie Normandeau est co-accusée, la Cour supérieure du Québec a rendu une ordonnance de non-publication du 7 novembre au 2 décembre pour empêcher que d’autres fuites de l’enquête ne se retrouvent dans les médias.

Journal de Mourréal : halte à la confusion

Les fondateurs du Journal de Mourréal, un site de fausses nouvelles satirique, ont perdu leur cause face au « vrai » Journal de Montréal, qui avait intenté une action pour que cesse l’utilisation de la marque parodique. Au terme d’un procès de quelques jours, la juge Micheline Perreault a ordonné au créateur du Journal de Mourréal, Janick Murray-Hall, de changer le nom de sa plateforme numérique et de payer 23 500$ en dommages à Média QMI.

Après avoir rebaptisé son site Le Journal de Marrrrde, Murray-Hall a choisi de faire appel de cette décision. Il plaide encore l’exception de la parodie pour lui permettre de poursuivre ses activités.

Quand Richard s’entend avec Ricochet

La poursuite de 350 000$ intentée par Richard Martineau contre le média indépendant Ricochet s’est pour sa part réglée à l’amiable. Il était minuit moins une alors qu’une entente est survenue la veille de l’audience prévue le 15 mai.

À la source du litige : une chronique de Marc-André Cyr parue en 2016 et dans laquelle il rédigeait une fausse rubrique nécrologique au sujet du chroniqueur du Journal de Montréal, le tout coiffé d’une caricature où l'on pouvait apercevoir un chien qui urinait sur sa tombe.

M. Martineau faisait valoir que la liberté d’expression avait été outrepassée et que le texte était un appel à la haine. Pour sa part, Ricochet alléguait que M. Martineau savait pertinemment que le média n’avait pas les moyens d’entamer une bataille juridique d’une telle ampleur et a étiqueté la mesure de poursuite-bâillon.

Alimenté par des pigistes, le média électronique avait eu recours au sociofinancement pour préparer sa défense. Au moment d’annoncer l’entente, la journaliste et cofondatrice de Ricochet, Gabrielle Brassard-Lecours, a mentionné que le média n’avait pas eu à présenter d’excuses à M. Martineau ni à lui verser d’indemnité.

Blanchi, Michaël Nguyen recouvrera son ordinateur

Aucune accusation n’a finalement été déposée contre le journaliste aux affaires judiciaires du Journal de Montréal Michaël Nguyen, dont l’ordinateur portable avait été saisi lors d’une perquisition en septembre 2016.

En juin, le Directeur des poursuites criminelles et pénales a fait connaître sa décision en ce sens. Le Conseil de la magistrature du Québec avait déposé une plainte à l’endroit de M. Nguyen après que celui-ci ait publié un reportage sur une juge qui comparaissait devant l’instance pour avoir insulté un constable du palais de justice de Montréal, le tout accompagné d’un extrait vidéo de ladite altercation. Le Conseil de la magistrature considérait que le journaliste s’était illégalement introduit sur ses systèmes informatiques ; M. Nguyen a pour sa part indiqué qu’une simple recherche Google avait mené à la découverte de la vidéo.

En novembre, M. Nguyen a succédé à Stéphane Giroux à la présidence de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec. La Fédération représentant la majorité des journalistes professionnels dans la province et défendant la liberté de presse a d’ailleurs célébré ses 50 ans cette année.

Affaire Louis Robert : congédié et réintégré

En début d’année, l’agronome Louis Robert a été congédié après avoir alerté le journaliste de Radio-Canada Thomas Gerbet à propos de l’ingérence d’entreprises privées dans les recherches publiques sur les pesticides. Le tout survient quelques mois à peine après l’adoption, à l’Assemblée nationale, d’une loi pour protéger les sources confidentielles des journalistes.

Le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, André Lamontagne, était même allé jusqu’à s’enorgueillir d’avoir « personnellement » autorisé le renvoi de l’agronome, suscitant un tollé le forçant, quelques jours plus tard, à se rétracter et à demander à la Protectrice du citoyen d’enquêter.

En juin, il a été annoncé que Louis Robert pourrait réintégrer son emploi.

Des transactions qui changent le paysage médiatique canadien

Les journaux de Groupe Capitales Médias deviennent des coopératives

Des rumeurs qui circulaient depuis plusieurs mois se sont confirmées en août : Groupe Capitales Médias, l’entreprise de presse regroupant les six quotidiens régionaux appartenant autrefois à Gesca, s’est placée sous la protection de ses créanciers en août. Rapidement, les employés de chacun des quotidiens, Le Soleil, Le Nouvelliste, Le Quotidien, La Tribune, Le Droit et La Voix de l’Est, soutenus par leurs syndicats de la Fédération nationale des communications et d’Unifor, se sont relevés les manches et ont formé un projet de coopératives de solidarité pour reprendre les journaux. Au moment de la date-butoir des offres d’achat, seuls les employés et le groupe Métro Média ont déposé un plan d’affaires. Le 21 novembre, le juge responsable de liquider les actifs de GCM a finalement penché en la faveur des coopératives, qui ont réussi l’exploit d’amasser plus de trois millions de dollars en moins de deux mois pour la relance des quotidiens régionaux.

Un siècle en unes

Bell se paie V

La compétition qui déchire le Groupe TVA et Bell a connu une nouvelle étape avec l’acquisition de la chaîne généraliste V et de sa plateforme noovo.ca par cette dernière, transaction qui devait être approuvée par le CRTC.

Quelques semaines plus tôt, en avril, l’estacade entre les deux géants des télécommunications avait atteint un sommet avec le retrait du signal de RDS le soir du premier match des séries éliminatoires de la LNH par TVA, qui jugeait que Bell ne lui payait pas suffisamment de redevances pour la diffusion de ses chaînes spécialisées. Ce faisant, la division de Québecor défiait une ordonnance du CRTC l’enjoignant à ne pas aller de l’avant avec sa menace de brouiller les ondes du Réseau des sports. Le litige s’est déplacé devant les tribunaux. La Cour a alors ordonné le rétablissement de la chaîne sur Illico. Le blocage de TVA lui a également valu une demande de recours collectif de la part des abonnés pénalisés.

Encore des départs

Plusieurs médias, aux prises avec des difficultés financières, n’ont eu d’autres choix que de couper dans leurs effectifs pour survivre.

Cette année, La Presse a dû mettre sur pied un programme de départs volontaires afin de réduire son budget opérationnel. Le Groupe TVA a également dû abolir 68 postes.

En février, le magazine Voir a annoncé qu’il abandonnait son édition papier pour devenir un média entièrement numérique. Le mois suivant, une poignée d’employés du journal Métro ont claqué le porte, y compris deux directeurs et bon nombre de membres de la salle de rédaction. En juin, il a été rapporté que les employés restants étaient en voie de se syndiquer.

Fermetures et ouvertures de médias

Comme les années précédentes, 2019 n’a pas été immunisée contre les fermetures de médias, particulièrement des médias en région. Les plateformes électroniques hyperlocales RueMasson.com, Quartier Hochelaga et Pamplemousse ont mis la clé sous la porte. Le plus vieil hebdomadaire du Québec, le* Stanstead Journal*, a tenté de sauver les meubles en ralentissant sa production pour devenir mensuel, mais s’est éventuellement vu obligé d’abandonner complètement. Vice Québec a aussi cessé ses activités en juin, faisant disparaître une vingtaine d’emplois du même souffle.

Heureusement, l’année a aussi été parsemée de bonnes nouvelles puisque devant sa fermeture imminente, des lecteurs du Gleaner ont choisi de reprendre le journal pour le relancer. Le Beaconsfield Journal a également vu le jour, tout comme L’Hebdo Mékinac/des Chenaux, qui a repris ses activités après six ans d’arrêt.

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Enfin, de l’aide aux médias!

À Ottawa

Après avoir annoncé des mesures d’aide à la presse écrite dans sa mise à jour économique de novembre 2018, le gouvernement fédéral de Justin Trudeau a concrétisé ses intentions dans son budget de mars. La mise en place de crédits d’impôt représenterait un investissement total de 595 millions de dollars sur cinq ans.

En juin, un comité sénatorial a décrié l’arrivée tardive de ces mesures en affirmant qu’elles ne permettraient pas d’empêcher la fermeture de journaux au pays. Il proposait de modifier les balises régissant les crédits d’impôt et de taxer les géants du Web afin de corriger l’iniquité fiscale qui existait entre ceux-ci et les médias canadiens. Le groupe recommandait enfin de maintenir les avis publics dans les journaux.

Quelques semaines plus tard, un groupe d’experts indépendants mandaté par Ottawa a dévoilé son rapport dans lequel il est mentionné que les crédits d’impôt prévus seraient insuffisants. On recommandait entre autres au gouvernement de revoir à la hausse ses investissements publicitaires dans les médias canadiens.

Le dossier a toutefois été relégué aux oubliettes en raison de la campagne électorale de cet automne, où le Parti libéral du Canada, qui forme depuis un gouvernement minoritaire, s’est toutefois engagé à imposer une taxe de 3% aux géants du Web, ce qu’il avait toujours et jusqu’alors refusé de faire.

Bref, plus d’un an après leur annonce, aucune des mesures prévues par Ottawa pour soutenir la presse écrite et les médias n’est encore entrée en vigueur.



À Québec : une commission parlementaire sur l’avenir des médias d’information

Jour 4 de la commission sur l’avenir des médias

Sur la scène provinciale québécoise, le mandat d’initiative sur l’avenir des médias d’information de la Commission sur l’éducation et la culture s’est amorcé à la fin août avec comme trame narrative l’annonce toute récente de la faillite de Groupe Capitales Médias.

Au terme de la commission, où plus d’une quarantaine d’intervenants se sont faits entendre à Québec, en Abitibi-Témiscamingue et en Gaspésie, le gouvernement a annoncé un programme de 55 millions de dollars par année afin de financer des crédits d’impôt de 35% de la masse salariale sur la rémunération des journalistes de la presse écrite.

Dans cet article
Défendons ensemble nos intérêts culturels et économiques.