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2019, l’année où le vent s’est retourné contre Facebook

2019, l’année où le vent s’est retourné contre Facebook

Écrit par
Daniel Bernhard
directeur général et porte-parole, les AMIS de la radiodiffusion
le
16 décembre 2019

Le directeur général des AMIS Daniel Bernhard fait le bilan d’une année mouvementée au niveau des relations entre le monde du journalisme et les géants du Web, et s’engage à faire en sorte que le gouvernement tienne ses promesses en 2020.

2019, l’année où le vent s’est retourné contre Facebook

Le PDG de Facebook Mark Zuckerberg a dû défendre le bilan de sa compagnie face aux questions incisives des législateurs américains.

Penser à ce que les AMIS ont accompli en 2019 m’épuise et me réjouit à la fois, tant nos réalisations sont nombreuses : je n’arrive tout simplement pas à croire à tout ce que nous avons pu faire ces 12 derniers mois. Les défis étaient de taille, et ce que nous avons accompli demeure incroyable. Mais malgré le succès de notre campagne autour des élections, tout n’est pas rose.

De fait, 2019 a été une année sanglante pour le journalisme partout au Canada. Le Globe and Mail a amputé son budget de 10 millions de dollars. Le pendant anglais de notre radiodiffuseur public, la CBC, a éliminé 35 postes en novembre. La Presse a également annoncé qu’elle devra réduire son équipe à nouveau. Le plan de restructuration de CTV a aussi mené à des sacrifices d’emplois. D’autres fermetures ont eu lieu, culminant avec Torstar, qui en novembre fermait ses journaux StarMetro à Vancouver, Edmonton, Calgary, Toronto et Halifax.

Ce n’est pas une consolation pour ces pertes, mais il y a des signes qui indiquent que le gouvernement fédéral commence à comprendre la gravité de la situation. En février, les libéraux annonçaient un ensemble d’allégements fiscaux de 595 millions de dollars sur cinq ans pour soutenir nos médias d’information. Même si les AMIS ne sont pas particulièrement impressionnés par cette mesure, cela signifie au moins qu’Ottawa a enfin saisi l’importance vitale du journalisme professionnel, de même que la proximité et la véracité des menaces que Facebook, Google, YouTube et d’autres corporations américaines qui carburent aux revenus publicitaires constituent pour la démocratie canadienne. C’est un important virage si on compare à l’année 2018, lorsque l’ancienne ministre du Patrimoine Mélanie Joly affirmait qu’obliger ces plateformes à payer des impôts afin de niveler les règles du jeu et de protéger le journalisme canadien revenait à soutenir des « modèles d'affaires défaillants ».

2019: le bilan de l'année....en trois minutes!

Pendant ce temps, 2019 fut l’année où le monde s’est enfin retourné contre Facebook. Le gouvernement américain a contraint le monopole des réseaux sociaux à une amende de 5 milliards de dollars pour avoir menti à plusieurs reprises aux régulateurs sur le rôle actif qu’il a joué dans le scandale Cambridge Analytica qui a aidé à élire Donald Trump. Mark Zuckerberg a témoigné devant le Congrès, où il s’est débattu, a menti et a tergiversé face aux questions incisives de législateurs bien informés.

En réponse au meurtre insensé de 51 personnes musulmanes à Christchurch, en Nouvelle-Zélande – ou, plutôt, en réponse à la diffusion en direct du crime par Facebook à un public mondial potentiel de plus de deux milliards de personnes – les gouvernements de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande ont adopté des sanctions sévères pour les plateformes qui propagent la haine. Ils rejoignent l’Allemagne, la France, le Japon et le Royaume-Uni à l’avant-garde d’un mouvement mondial pour soumettre les plateformes sociales à l’état de droit. Sur notre territoire, la Loi électorale du Canada a exigé que Facebook fournisse un minimum de transparence à propos du financement des publicités électorales diffusées sur la plateforme. Le commissaire à la protection de la vie privée a également déclaré que Facebook avait enfreint la loi canadienne à plusieurs reprises, et ce bien qu'il n’ait pas le pouvoir de punir la corporation pour cela.

En mai, le Canada a accueilli une rencontre du Grand Comité international sur les mégadonnées, la protection des renseignements personnels et la démocratie, un ensemble de législateurs issus de 14 pays, dont le Royaume-Uni, le Brésil, la France, le Mexique et la Belgique. Même si le Canada n’est pas le chef de file de ce groupe, le député libéral Nathaniel Erskine-Smith, le député conservateur Bob Zimmer et le député néo-démocrate Charlie Angus se sont démarqués sur la scène internationale par leurs connaissances approfondies en matière de politiques et leur opposition intransigeante au malheureux lobbyiste canadien de Facebook, Kevin Chan, qui a sans succès essayé de changer de sujet afin d’échapper à la responsabilité des innombrables transgressions de son entreprise contre la loi et la décence.

Le ministre du Patrimoine Pablo Rodriguez n’a pas eu d’autre choix que de déclarer qu’un gouvernement libéral réélu mettrait fin au « traitements de faveur » dont bénéficient Netflix et consorts.

2019 a également été l'année où le Québec et la Saskatchewan ont exigé que les plateformes numériques étrangères, comme Netflix, perçoivent et versent des taxes de vente, comme toute autre entreprise. Ce faisant, ils ont mis en évidence l’absurdité de la position du gouvernement fédéral, qui persiste à affirmer qu’il serait heureux d’égaliser les règles du jeu s’il était seulement possible de le faire. À l’approche des élections, le ministre du Patrimoine Pablo Rodriguez n’a pas eu d'autre choix que de déclarer qu’un gouvernement libéral réélu mettrait fin au « traitements de faveur » dont bénéficient Netflix et consorts, cela après que le premier ministre lui-même se soit levé à la Chambre des communes en 2018 pour proclamer que son gouvernement ne ferait rien de tel.

En fin de compte, 2019 nous a rappelé ce qu’il faut faire pour amener les citoyens et citoyennes à cesser de tolérer les politiciens qui retardent, dévient et dissimulent sans fin – qui font tout pour éviter de faire leur travail et de gouverner le pays. Il faut du temps, de l’effort, de l’argent et une base de bénévoles dévoués qui peuvent mobiliser leurs communautés pour inciter les politiciens à agir. C’est précisément ce qu’a fait notre campagne À nous de choisir en ciblant 22 circonscriptions clés au Québec, en Ontario, en Alberta et en Colombie-Britannique. La campagne a réussi à inscrire nos priorités à l’ordre du jour national et, avec divers degrés de sincérité et d'intensité, tous les partis ont promis de prendre des mesures pour soutenir nos objectifs.

En 2020, notre but est de convertir ces promesses en politiques concrètes. Il y aura pour nous maintes occasions d’influencer le débat national de manière à mettre en relief une perspective citoyenne.

En janvier, le comité d'examen de la Loi sur la radiodiffusion rendra compte de ses conclusions. Ce rapport pourrait avoir des implications majeures pour Radio-Canada. Il pourrait également proposer des changements radicaux qui empêcheraient le CRTC de laisser les diffuseurs numériques comme Netflix contourner leur obligation de financer et de promouvoir notre contenu culturel.

Le prochain budget donnera au gouvernement l’opportunité de tenir ses promesses en taxant les géants du Web comme Google et Facebook.

Le 25 novembre, le CRTC a lancé la demande de renouvellement des licences de CBC/Radio-Canada, qui expirent en août 2020. Afin de s’assurer qu’une perspective publique soit toujours mise de l’avant, les AMIS seront extrêmement actifs pendant cette période.

Le budget fédéral de 2020 donnera au gouvernement l’opportunité de tenir ses promesses en taxant Google, Facebook et les autres géants du Web, et en exigeant que les compagnies comme Netflix perçoivent et versent les taxes de vente. Pour le moment, rien ne nous indique que ces mesures serviront à aider nos secteurs journalistique et culturel. Nous devrons donc faire pression sur Ottawa afin de nous assurer que ces nouvelles sommes seront réacheminées vers nos créateurs de contenus qui en ont grandement besoin.


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Ce printemps, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) devrait dévoiler des lignes directrices internationales sur la façon de taxer équitablement les grandes entreprises technologiques, fournissant une bonne mesure pour savoir si le Canada est un chef de file ou un retardataire dans l’effort mondial visant à soumettre ces corporations américaines voyous aux politiques démocratiques, à la juste fiscalité et à la réglementation. Et tout cela seulement au printemps!

Après des années à l’arrière du troupeau, il semble que le Canada commence enfin à rattraper le reste du monde. Mais une amélioration mineure ne suffit pas. Si nous voulons que survivent nos industries médiatique et culturelle, nous devons nous préparer sérieusement à endiguer le raz-de-marée provenant de la Silicon Valley et à soutenir le journalisme et le reportage canadiens. Au cours des prochains mois, alors que le nouveau gouvernement dévoilera ses programmes et remplira (ou éludera) ses promesses électorales, vous pouvez être assurés que les AMIS veilleront à protéger notre culture et notre démocratie contre la manipulation et la domination des entreprises milliardaires étrangères. Nous gardons l’œil ouvert!

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