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Changements climatiques : les médias canadiens ne nous donnent pas l’heure juste

Changements climatiques : les médias canadiens ne nous donnent pas l’heure juste

Écrit par
Stephen Leahy
le
24 septembre 2019

Les changements climatiques nous affectent tous et toutes, mais jusqu’à présent, nos médias négligent largement d’exposer l’ampleur des conséquences qui surviendront si nous n’agissons pas. Il est temps de demander aux candidats à l’élection fédérale de présenter leur vision d’un avenir à faibles émissions de carbone.

Changements climatiques : les médias canadiens ne nous donnent pas l’heure juste

Pendant des décennies, nos médias traditionnels ont eu tendance à ignorer les enjeux climatiques, et les résultats ont été désastreux.

Combien de Canadiens savent que nous ne pouvons tout simplement plus construire de maisons, d’usines, d’immeubles, de voitures, de trains, d’autobus ou de centrales électriques utilisant le gaz, le pétrole ou le charbon? Il est tout aussi insensé, à l’heure actuelle, d’entreprendre des projets d’expansion des sables bitumineux ou de construire des pipelines et des usines de gaz naturel liquéfié. En ce moment, nous utilisons assez de combustibles fossiles pour faire monter le réchauffement climatique au-delà de 1,5 °C, soit l’objectif que chaque pays s’est mis d’accord pour respecter.

C’est ce que révèle une étude sur les émissions de carbone, actuelles et futures, issues des choses qui existent et que nous utilisons présentement. Les résultats de ce rapport ont été publiés dans la prestigieuse revue scientifique Nature en juillet dernier. Or, il serait difficile de trouver une quelconque mention à ce sujet dans les médias canadiens, ou encore une étude de ce que cela implique pour le Canada et ses habitants.

En août, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a produit un rapport frappant. Celui-ci prévient qu’une transformation complète du système de production alimentaire mondial est nécessaire pour lutter contre les changements climatiques et pour continuer de produire suffisamment de nourriture. Bien que le Canada soit un des plus grands producteurs alimentaires au monde, le rapport du GIEC n’a pas fait l’objet d’une grande couverture dans les médias canadiens traditionnels, à l’exception de CBC/Radio-Canada. Qu’est-ce que cela signifie pour le Canada? Les Canadiennes et Canadiens ne le savent pas, car leurs médias ne posent pas la question.

Pendant ce temps, chaque match des Blue Jays et des équipes canadiennes de la NHL bénéficie d’une couverture complète par de nombreux médias.

Même si la science climatique est aussi fiable et solide que notre compréhension des lois de la gravité, les médias présentent généralement les changements climatiques comme un enjeu politique. Cette approche rend légitime la diffusion des points de vue de gens qui ignorent les preuves scientifiques.

Au Canada, la couverture quasi inexistante des enjeux climatiques, environnementaux et scientifiques est la norme depuis les deux dernières décennies. Ainsi, en tant que journaliste canadien couvrant l’actualité scientifique et environnementale, j’écris presque exclusivement pour des médias internationaux comme National Geographic et The Guardian. Lorsque je reviens au Canada, après avoir couvert un événement environnemental majeur ou une conférence climatique importante, mes amis me disent invariablement : « Je n’ai jamais entendu parler de ça ici ». Certains me répondent même « Ça ne doit pas être si important, sinon, on en aurait entendu parler. »

Les médias révèlent ce qu’une société a besoin de savoir. C’est ce qu’écrivent des chercheurs de l’Université du Kansas dans une nouvelle étude sur la manière dont les médias couvrent les changements climatiques. La façon dont les médias formulent ces questions influe aussi sur ce que le public en pense. Même si la science climatique est aussi fiable et solide que notre compréhension des lois de la gravité, l’étude révèle que les médias dans des pays riches comme le Canada présentent généralement les changements climatiques comme un enjeu politique. Cette approche rend légitime la diffusion des points de vue de gens qui ignorent les preuves scientifiques. Or, une personne affirmant que la gravité est un canular ne bénéficierait d’aucune couverture médiatique.

Les climatosceptiques dans les médias

Les médias canadiens continuent d’exposer les opinions de ceux qui nient les changements climatiques. Et comme on le voit plus souvent ces jours-ci, notamment avec l’approche des élections, ils offrent aussi une tribune aux gens qui s’opposent à prendre des mesures importantes pour réduire les émissions de carbone. Malheureusement, il est rare que les médias fournissent aux Canadiens le contexte nécessaire pour bien évaluer ces points de vue. En réalité, nous avons tellement tardé à agir en matière de changements climatiques que le Canada doit réduire ses émissions de 50 à 80 pour cent d’ici 2030 pour maintenir le réchauffement sous la barre des 2 °C. Affirmer, même haut et fort, que cet objectif est impossible ou irréaliste ne change pas l’équation climatique. Il faut voir la réalité en face.

Si quelqu’un souhaite sérieusement contester le fait que nous utilisons déjà assez de combustibles fossiles pour que le réchauffement climatique grimpe au-dessus de 1,5 °C, cette personne peut le faire en réunissant ses preuves et en diffusant ses résultats dans une publication avec comité de lecture. Autrement, un tel point de vue n’a pas plus de poids que celui d’un fou qui affirme que la gravité est un canular. Néanmoins, les médias offrent à ces climatosceptiques, généralement des hommes, une voix sur leurs pages et dans leurs studios.

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Pourquoi faut-il s’en préoccuper? « Un public qui n’est pas conscient des réalités et risques associés aux changements climatiques constitue une menace pour la société et la planète, car il compromet les efforts soutenus de la communauté mondiale pour atténuer rapidement les impacts sur la biosphère terrestre », révèle une nouvelle étude sur la couverture médiatique des changements climatiques publiée dans Nature Communications, une revue à comité de lecture. La recommandation principale de cette étude : que les médias ignorent les gens qui nient les changements climatiques, et axent leur couverture sur les « experts en la matière et les appels à l’action qui s’imposent ».

Il est peu probable que ce changement s’opère au sein du groupe Postmedia, qui possède 30 pour cent des journaux canadiens, dont le National Post, le Financial Post, le Toronto Sun et des douzaines d’autres périodiques. L’ancien journaliste Kevin Libin, reconnu coupable de diffamation envers le climatologue Andrew Weaver en 2015, selon un jugement de la Cour suprême de la Colombie-Britannique, est désormais responsable de tous les reportages et analyses politiques dans les journaux de Postmedia. Sa nomination visait à assurer que les journaux de Postmedia demeurent plus « fidèles à la position conservatrice », comme le rapporte le National Observer. Malheureusement, cette position conservatrice ne semble plus inclure des points de vue pragmatiques, basés sur les faits et soucieux d’éviter les risques.

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La couverture des enjeux climatiques par d’autres médias canadiens a toutefois connu une hausse importante au cours de la dernière année. Cette tendance semble se poursuivre, certains périodiques ayant rejoint le projet Covering Climate Now. Cofondé par le Columbia Journalism Review et The Nation, le projet vise à inciter les médias à mettre davantage l’accent sur la crise climatique (pour tout vous dire, je suis un des journalistes indépendants qui y participe). Plus de 170 organes de presse à travers le monde ont accepté d’intensifier leur couverture climatique en prévision du Sommet Action Climat des Nations Unies, qui se tiendra à New York le 23 septembre. Toutefois, The Toronto Star et Maclean’s sont les seuls médias canadiens traditionnels qui participent actuellement au projet.

À la base, la science du climat est simple et irréfutable : plus nous émettrons de carbone dans l’atmosphère, plus le climat se réchauffera, et plus les conséquences seront graves. Si nous freinons les émissions de carbone, le climat cessera graduellement de se réchauffer. Les changements climatiques affectent la vie de tous les Canadiens et Canadiennes, mais nos médias ont largement négligé d’exposer l’ampleur des conséquences qui surviendront si nous n’agissons pas. Certains de ces effets seront bientôt irréversibles, comme la fonte des glaces de la mer de l’Arctique et le dégel des pergélisols.

Les médias négligent, dans une large mesure, d’expliquer clairement aux Canadiens les changements profonds qui sont nécessaires pour éviter les conséquences les plus désastreuses des changements climatiques.

En outre, les médias négligent, dans une large mesure, d’expliquer clairement aux Canadiens les changements profonds qui sont nécessaires pour éviter les conséquences les plus désastreuses. La tarification du carbone au Canada suscite toujours de vifs débats, mais il ne s’agit pas vraiment d’un changement majeur. C’est comme un seau pour écoper l’eau du Titanic qui coule. Nous avons tellement tardé à agir qu’il faudrait un seau énorme pour maintenir le navire à flot.

Comment pouvons-nous réduire, drastiquement et rapidement, nos émissions de carbone? Cette question devrait être—doit être—l’enjeu principal de l’élection fédérale. Les médias peuvent faciliter cette discussion cruciale, en expliquant le contexte scientifique et en demandant aux candidats comment ils croient que ces réductions obligatoires pourraient être effectuées de manière juste et efficace.

En cette période électorale, peut-être que la première chose à demander aux candidats est qu’ils exposent leur vision d’un avenir à faibles émissions de carbone. Il est impératif—et urgent—que cela soit l’objectif du Canada.

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