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Diplomatie culturelle : un outil puissant pour le Québec

Diplomatie culturelle : un outil puissant pour le Québec

Écrit par
Christine St-Pierre
le
07 mai 2019

Ancienne ministre de la Culture et des Relations internationales, Christine St-Pierre a été à même de constater l’impact considérables des activités de diplomatie culturelle du Québec autour du monde. Texte tiré d’une conférence tenue à Bibliothèque et Archives Canada le 12 mars 2019.

Diplomatie culturelle : un outil puissant pour le Québec

Photo: Adrien Olichon

« La diplomatie culturelle révèle l’âme d’une nation. »

Cette affirmation n’est pas de moi mais d’un document émanant du département d’État américain qui souligne l’importance de la diplomatie culturelle. Les premiers efforts américains en diplomatie culturelle datent de la Première guerre mondiale mais ce n’est qu’en 1948 que cette notion fut enchâssée dans une loi : The Information and Educational Exchange Act qui stipule:

« The purpose and objectives of this program are « to enable the Government of The United States to promote a better understanding of the United States in other countries and to increase mutual understanding between the people of the United States and the people of other countries. »

D’ailleurs le Président Roosevelt avait déclaré: « Maintenant que L’Amérique a le gros du bâton, nous devons apprendre à parler doucement. » On voit donc que pour les États-Unis la notion de diplomatie se conçoit au sens large. C’est-à-dire : la promotion des valeurs démocratiques et le développement des arts, de la science et de l’éducation.

En France, c’est au lendemain de la deuxième guerre mondiale que la diplomatie culturelle s’est structurée mais elle avait introduit ce concept au 19ième siècle.

« La culture est promue au sein des institutions internationales comme instrument de paix et de stabilité » écrit l’auteur Marie Pierre Busson.

Un rapport de la Chambre des députés datant de 1981 affirme : « Nos lettres, nos arts, notre civilisation industrielle, nos idées ont exercé de tout temps un puissant attrait sur les nations étrangères. »

Le concept lui-même de diplomatie est selon le réputé auteur américain Joseph Nye « La capacité d’un acteur politique d’influencer le comportement d’un autre acteur ou la définition d’intérêts à travers des moyens non coercitifs. »

Il ajoute : « Le soft power est le potentiel de séduction d’un pays. »

Si j’ai fait ce long détour, c’est pour bien camper le fait que le Québec a totalement compris la force et la puissance de la diplomatie culturelle dans son action internationale.

Le Québec est un état fédéré mais ce statut ne l’a pas empêché depuis plus d’un demi-siècle de développer un important réseau à l’échelle internationale.

A ce jour, nous comptons 31 représentations dans 18 pays. Au cours des dernières années, nous avons poussé encore plus loin notre engagement en ouvrant trois représentations en Afrique dont une Délégation générale à Dakar au Sénégal.

C’est d’ailleurs grâce à la diplomatie culturelle que nous nous sommes taillés une place au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie.

Nous sommes membres à part entière de l’OIF, c’est donc dire que nous avons le même statut que le Canada, la France ou la Belgique. Cela vient avec des obligations, bien sûr, et le Québec est l’un des cinq plus importants bailleurs de fonds de l’Organisation.

Le Québec est également partenaire de TV5 Monde un réseau qui rejoint 180 millions de foyers. Nos œuvres cinématographiques, télévisuelles ainsi que nos émissions d’information offrent une fenêtre exceptionnelle au rayonnement de la culture québécoise.

…le Québec a totalement compris la force et la puissance de la diplomatie culturelle dans son action internationale.

Sous le gouvernement de Jean Charest, le Québec a également obtenu un statut particulier au sein de la représentation du Canada à l’UNESCO. Ayant été avec Ottawa le principal artisan de la Convention sur la promotion et la protection de la diversité des expressions culturelles, le Québec a fait montre d’un leadership incontesté. D’où vient cette volonté du Québec de vouloir se distinguer à ce point sur la scène internationale?

Tout d’abord, c’est une question de survie de la langue française. Nous sommes le vaisseau amiral de la protection de la langue française en Amérique. Sans la langue française au Québec, il n’y a pas de langue française en Amérique, cela j’en suis convaincue.

Puis, faire rayonner notre culture c’est s’assurer que l’on saisisse bien la spécificité du Québec.

La Constitution canadienne définit des champs de compétence pour le pays et pour les provinces. Ainsi, la culture est l’un des compétences du Québec tout comme l’éducation.

C’est en s’appuyant sur ces compétences que dans les années 60 le ministre Paul Gérin-Lajoie décida de propulser l’action du Québec en dehors de nos frontières.

Autrement dit « ce qui est de compétence chez nous est de compétences partout. »

Le gouvernement fédéral canadien reconnaît le droit du Québec de mener sa propre diplomatie. Je mentionnais tout à l’heure l’exemple de la présence du Québec à l’UNESCO, accordé avec l’appui du gouvernement Harper.

Lors de la venue du premier ministre Manuel Valls au Québec en 2016, le premier ministre Trudeau a tenu un discours devant la Chambre de Commerce du Montréal Métropolitain durant lequel il a reconnu l’importance de la diplomatie québécoise. Je le cite : « (…) je tiens à saluer mes homologues québécois qui ont exercé un leadership exemplaire dans l’élaboration, la négociation et la promotion de L'Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne. C’est un exemple de ce que la présence diplomatique du Québec sur la scène internationale peut accomplir pour non seulement renforcer la réputation de la province à l’étranger, mais aussi celle du Canada. Il me faut souligner que le Québec est l’État fédéré le plus présent sur la scène internationale. Force est de constater et de reconnaître la force et le rôle que joue la diplomatie québécoise sur la scène internationale. »

La ministre Freeland a elle aussi reconnu publiquement, à de nombreuses occasions, la valeur ajoutée de la diplomatie québécoise.

Cette volonté nous a permis à ce jour de signer près de 800 accords internationaux, toujours dans nos champs de compétence. Et de ces accords, 10% sont des accords en matière de culture.

Le plus récent de ce type est l’Entente sur la coopération culturelle entre le gouvernement du Québec et le ministère de la Culture de la République populaire de Chine signée en 2018 lors de la mission commerciale du premier ministre du Québec dans ce pays.

« Cette entente s’appuie sur une vision consensuelle du rôle primordial de la culture comme outil de développement durable contribuant à l’épanouissement et à la compréhension mutuelle des peuples. » (site du MRIF). C’est un fait non négligeable qu’un ministre chinois de la culture ait accepté de rencontrer le chef d’un gouvernement provincial et d’ouvrir grand les canaux d’échanges pour nos artistes et nos entreprises culturelles.

Il est important de mentionner que culture et économie ne sont pas exclusifs. La culture est source de développement économique. Les industries culturelles au Québec représentent 4,3 % de son économie et près de 176 000 emplois (données de 2014) (Source : PIQ, sans référence). « La valeur économique importante des biens et des services culturels se conjugue par ailleurs avec leur dimension intangible : porteuse de sens, d’identité et de valeurs, la culture demeure un facteur d’inclusion et d’ouverture à la diversité. » (PIQ)

Aujourd’hui, culture doit également se conjuguer avec durabilité. Comme le disait si bien Michèle Stanton-Jean, Représentante du Québec au sein de la Délégation permanente du Canada auprès de l’UNESCO lors d’un colloque à Paris en 2012, « la promotion de la culture dans une perspective de durabilité, notamment par la préservation de la diversité culturelle, l’utilisation durable des ressources et le soutien à la créativité et à l’innovation, interpelle profondément la société québécoise et son gouvernement depuis de nombreuses années. »

Elle poursuit : « Le Québec n’est d’ailleurs pas le seul à poursuivre l’objectif de l’intégration de la culture au développement durable. En effet, il a pu s’appuyer sur des actions menées partout dans le monde, actions qui ont trouvé leur expression dans différents documents internationaux, soit la Déclaration universelle sur la diversité culturelle de l’UNESCO de 2001 et sa Convention sur la protection et la promotion de la diversité et des expressions culturelles adoptée en 2005. L’article 13 de cette convention demande aux États d’intégrer la culture dans leur politique de développement, et ce à tous les niveaux, en vue de créer des conditions propices au développement durable. »

L'Agenda 21 de la culture du Québec (A21C), dévoilé en 2011, constitue la réponse du gouvernement du Québec à cet engagement qu'il a pris en approuvant la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles.

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Avec l’adoption de cet Agenda, le Québec a été reconnu par l’UNESCO comme un chef de file de l'intégration de la culture au développement durable. Le Québec a notamment organisé conjointement avec la France le Colloque international de 2012 auquel j’ai fait allusion précédemment et qui était consacré à la culture et au développement durable; de plus, la Ville de Montréal a participé à un débat sur la culture et le développement à l'Assemblée générale des Nations Unies en 2013, et lors d’une réunion organisée par I'OIF et l'UNESCO à New York en 2014, le Gouvernement du Québec a présenté I'A21C et les premiers résultats du Chantier gouvernemental en culture.

En 2017, je lançais une nouvelle politique internationale du Québec avec trois orientations :

  1. Rendre les Québécoises et les Québécois plus prospères;
  2. Contribuer à un monde plus durable, juste et sécuritaire;
  3. Promouvoir la créativité, la culture, le savoir et la spécificité du Québec

En introduction de cette politique, comme dans toutes mes rencontres à l’international, j’insistais sur l’importance des liens culturels dans notre diplomatie. J’écrivais alors : « L’engagement du Québec en faveur de la Francophonie, de la mobilité internationale et de la promotion de ses talents, de même que l’affirmation de ses convictions en matière de droits et libertés de la personne et de respect de la diversité, continueront de caractériser son action. »

Pour appuyer cette action, les représentations du Québec à l’étranger ont dans leur mandat de conseiller et d’organiser des activités adaptées pour les créateurs québécois sur leurs territoires respectifs.

Grâce à ce réseau, le Gouvernement du Québec peut appuyer les organisations, les entreprises culturelles, les artistes et les écrivains dans leurs projets d’internationalisation, et encourager l’échange d’expertise, le transfert technologique et les interactions entre intervenants québécois et étrangers. Il s’agit de diplomatie culturelle dans sa forme la plus directe.

Cette diplomatie peut également se révéler sous la forme d’action concertée basée sur un héritage culturel commun. C’est pourquoi le Québec a conçu le Centre de la francophonie des Amériques. « Le Québec se reconnaît une responsabilité à l’endroit des communautés francophones ainsi qu’une volonté d’affirmer le leadership mobilisateur qu’il entend exercer pour animer la vaste communauté des francophones et des francophiles des Amériques dans le respect de ses partenaires et de leurs riches différences.

Sa vision est celle d’une francophonie en mouvement, solidaire et inclusive, regroupant les Amériques, et dont les liens durables stimulent les échanges (…) » (Source : Centre de la Francophonie des Amériques)

La diplomatique culturelle peut également s’exercer à travers les villes auxquelles nous avons reconnu un rôle important sur la scène internationale.

Le Réseau des villes francophones et francophiles, une initiative des maires de Québec, de Moncton et de Lafayette est un exemple d’action culturelle appuyée par le gouvernement Québec dont les objectifs sont, entre autres, « de mettre en valeur la richesse et la vitalité du patrimoine francophone, de valoriser les milieux culturels francophones et francophiles, et de développer des alliances économiques et stratégiques. »

Un modèle concret de projet piloté par ce Réseau est la Franco-route de Nouvelle-Angleterre, un itinéraire touristique de villes francophones entre le Rhode Island et le Québec qui devrait voir le jour au cours des prochains mois.

L’objectif de la diplomatie culturelle (soft power) est bien sûr de faire avancer nos intérêts nationaux, mais certains principes doivent tout de même guider son action, soit : la préservation de la diversité culturelle, l’utilisation durable des ressources culturelles, la créativité et l’innovation.

Je crois fermement que les musées et les bibliothèques ont une place importante dans la diffusion de notre culture à l’international. En 1994, le Manifeste de l'UNESCO pour la Bibliothèque publique a été adoptée à Paris. On y indique que les bibliothèques publiques sont des « institutions essentielles pour la promotion de la paix et le bien-être spirituel de l'humanité. »

Née de la fusion de la Bibliothèque nationale du Québec avec la Grande bibliothèque du Québec (2002), puis avec les Archives nationales du Québec (2006), Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) joue un rôle dans le développement et le rayonnement international de l'expertise et du patrimoine documentaire québécois.

L’approche internationale de BAnQ était à l’honneur lors de la conférence MetLib de l’International Federation of Libraries Association (IFLA) qui s’est tenue à la Grande Bibliothèque, en 2017, sur le thème : « Les partenariats : élaborer une vision nouvelle pour les bibliothèques ». MetLib est une plateforme d’information et d’échanges pour les bibliothèques publiques des grandes villes du monde dont la population est de plus de 400 000 habitants.

Cette conférence a permis aux décideurs des grandes bibliothèques métropolitaines du monde d’échanger sur les bonnes pratiques, mais a aussi permis de mettre de l’avant les expertises des bibliothèques du Québec et du Canada, et, notamment de mettre en valeur la Déclaration des bibliothèques québécoises qui « réaffirme la contribution incontournable des bibliothèques à la vitalité sociale, à la prospérité économique et à la richesse culturelle de la société québécoise ».

Les musées eux aussi ont un rôle important à jouer en matière de diplomatie culturelle. Ils établissent des partenariats avec des institutions internationales, dans une optique de développer des projets communs, de pouvoir emprunter des collections ou de présenter des expositions en provenance de l’étranger. C’est ainsi, par exemple, qu’avec le soutien du Ministère des relations internationales, les Musées de la Civilisation ont inscrit l’Amérique latine et plus particulièrement le Brésil parmi leurs axes prioritaires.

Un partenariat spécifique qui me vient à l’esprit au niveau muséal est l’entente signée en France et à laquelle j’ai participé avec le premier ministre Couillard officialisant l’adhésion du Musée de la civilisation au réseau de la médiathèque Micro-Folie des Mureaux. Le Musée de la civilisation est devenu le premier musée nord-américain à accueillir ce concept permettant d'avoir accès au contenu numérique des institutions françaises et de « contribuer au rayonnement de la culture québécoise auprès de nombreuses clientèles outre-mer. » (Communiqué MCQ, 8 mars 2018)

J’ai pu moi-même constater l’intérêt que suscite le Québec à l’étranger lors de ma dernière mission en Inde. J’ai découvert à New Delhi, l’une des plus grandes fans de Michel Tremblay, la professeure Rao, directrice du Centre d’études québécoises de l’Université Jawaharlal Nehru. Ce fut d’ailleurs l’une des récipiendaires de la médaille du 50e anniversaire du Ministère des Relations internationales du Québec, médailles remises à des personnalités importantes, étrangères et québécoises, qui ont contribué de manière significative au rayonnement du Québec. Je dois dire que la plupart des récipiendaires de cet honneur sont venus du domaine de la culture.

En conclusion, l’objectif de la diplomatie culturelle (soft power) est bien sûr de faire avancer nos intérêts nationaux, mais certains principes doivent tout de même guider son action, soit : la préservation de la diversité culturelle, l’utilisation durable des ressources culturelles, la créativité et l’innovation. Je suis fière de pouvoir dire que le Québec, non seulement respecte l’application de ces principes dans son action internationale, mais est même un chef de file à plusieurs niveaux, comme j’ai pu vous le démontrer à l’aide de quelques exemples.

Les outils de diplomatie culturelle n’ont de limites que notre imagination, notre ambition et notre vision.

Mon souhait le plus cher est que les gouvernements à venir continuent de se donner justement les moyens de notre ambition collective et que le Québec puisse continuer de faire avancer ses intérêts à l’international, par des moyens politiques et économiques, mais aussi à travers sa culture, une méthode qui a fait ses preuves.

Ce texte est tiré d’une conférence prononcée à Bibliothèque et archives Canada le 12 mars 2019.

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