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Envisager la mutation du paysage médiatique comme une occasion

Envisager la mutation du paysage médiatique comme une occasion

Écrit par
Philip Riccio
le
06 mars 2019

Philip Riccio, acteur de théâtre, producteur et metteur en scène, raconte que sa réponse à l’amenuisement de la couverture médiatique des arts dans les médias traditionnels a été de créer son propre magazine théâtral.

Envisager la mutation du paysage médiatique comme une occasion

Photo: Rob Laughter

Imaginez que vous ayez un produit à vendre et que les médias traditionnels l’aiment au point de vouloir en parler gratuitement. Encore mieux, ils décident de vous dédier un cahier complet. À tous les jours. À mon souvenir, telle a toujours été la réalité des arts. Lorsque j’ai produit ma première pièce en 2005, nous avons reçu des critiques dithyrambiques du Toronto Star, du Globe and Mail et du National Post. Voilà quasiment l’ensemble de notre campagne de communications, et nous avons joué à salle comble durant quatre semaines dans un théâtre de 160 places.

Ayant fait nos preuves, nos productions suivantes ont fait l’objet de prépapiers dans ces mêmes journaux. Là encore, le gros de notre travail promotionnel se faisait sans que nous ayons à déployer de grands efforts. Nous n’étions pas la seule compagnie couverte par les prépapiers et les critiques. L’industrie théâtrale dans son ensemble a bénéficié de cette couverture, tout comme les autres communautés artistiques. Imaginez-vous donc la terreur et le désarroi du milieu des arts quand il est devenu de plus en plus manifeste que les médias traditionnels étaient en difficulté et que, afin de réduire leurs coûts, ils ont décidé de réduire de manière draconienne la couverture artistique.

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De "Something out of Nothing" par Damien Atkins. Illustration: Kris Noelle

De "Something out of Nothing" par Damien Atkins. Illustration: Kris Noelle

Notre cahier quotidien a été réduit à une parution hebdomadaire. Puis, nous l’avons partagé avec les sports, ou avec l’art de vivre, ou avec d’autres colocataires agaçants. Puis, il est carrément disparu. Il nous arrive encore d’obtenir de la couverture de part et d’autre, mais apparaître dans le journal ne compte plus autant qu’avant, ce n’est certainement pas ce qui déplace des foules. Et une bonne part de la couverture restante se trouve derrière un verrou d’accès payant, et ne parvient qu’à fragment d’un lectorat déjà réduit.

On pourrait dire que les choses sont plutôt sombres en ce qui a trait à l’espace médiatique alloué aux arts. Les producteurs et les artistes étaient habitués à la publicité gratuite, à un point tel que nous avons cru y avoir droit. Notre traitement de faveur était-il injustifié? Je suis quelque peu biaisé, mais je dirais que non. Les arts, et je parlerai plus précisément du théâtre, apportent beaucoup à la communauté. Au Canada, la vaste majorité des théâtres sont des organismes à buts non lucratifs, des organismes de bienfaisance; même s’il y a quelques théâtres commerciaux, ces derniers font exception. Le milieu théâtral est plein de gens passionnés et acharnés qui travaillent pour l’amour du théâtre, et parce qu’ils le voient comme un moyen renforcer la collectivité. Après tout, le chœur du théâtre est de se réunir pour se raconter : il invite la population à se rassembler afin de vivre ensemble une histoire. Et cette expérience peut s’avérer puissante. De plus, de nombreux théâtres ont des programmes herculéens de rayonnement. Ils sont à la fine pointe des domaines de l’inclusion, de la diversité, de l’éducation et de la collaboration.

Les médias traditionnels ne sont pas à l’aube d’une renaissance; « l’heure de gloire » de la couverture artistique n’est pas près de revenir. Nous devons donc nous adapter.

De "Spotlight on Eda Holmes," écrit par Catherine Kustanczy. Photo: Dahlia Katz

De "Spotlight on Eda Holmes," écrit par Catherine Kustanczy. Photo: Dahlia Katz

Mais le théâtre et les autres arts vivants n’ont aucun impact sur la communauté si aucun membre de la communauté n’y assiste. Les médias traditionnels ne sont pas à l’aube d’une renaissance; « l’heure de gloire » de la couverture artistique n’est pas près de revenir. Nous devons donc nous adapter.

C’est en réponse à l’amenuisement de la couverture médiatique du théâtre que m’est venu l’idée qui donnerait naissance à Intermission, un magazine théâtral en ligne. Avec une mise de fond initiale de la Fondation Metcalf et l’aide de deux jeunes éditrices très talentueuses, nous avons lancé le projet en avril 2016. Nous publions des articles écrits par, et au sujet, des artistes de théâtre, dans l’espoir de bâtir une plateforme qui attirera les auditoires comme les journaux et les magazines avaient coutume de le faire.

Intermissionmagazine.ca

Même si le changement de couverture médiatique a été difficile, j’aime penser qu’il présente aussi une vrai chance – une chance de redéfinir les discussion entourant le théâtre, de redonner aux compagnies la responsabilité de rejoindre leurs auditoires potentiels, d’endiguer la créativité et la passion que les artistes de théâtre mettent à raconter des histoires sur scène pour élever les écrits qui inspireront les gens à aller voir leur travail. Nous nous sommes habitués à confier cette conversation initiale aux médias généralistes, mais, maintenant que cette responsabilité nous incombe, saisissons l’occasion pour améliorer ce que les médias créaient pour nous.

Le défi ultime pour Intermission, celui que nous tentons de relever – est de rallier la communauté. Le changement peut toujours entrainer des difficultés, mais quand il exige de payer pour quelque chose que vous êtes habitués d’avoir gratuitement, les secousses sont plus grandes. Une plateforme qui propose à ses lecteurs un regard plus approfondi, stimulant et créatif sur l’objet théâtral n’arrive pas comme par magie, il y a un prix. La viabilité à long terme du magazine sera déterminée par la volonté des théâtres de faire leur part en utilisant le site comme plateforme publicitaire, ce qui aidera à financer notre travail. Mais, il nous faut plus que l’adhésion des théâtres, il nous faut celle de l’ensemble de la communauté. Nous avons besoin que tout le monde – des théâtres aux artistes, aux amateurs de théâtre – reconnaisse ce changement de contexte et réalise le potentiel d’une plateforme comme Intermission.

Nous avons besoin que tout le monde – des théâtres aux artistes, aux amateurs de théâtre – reconnaisse ce changement de contexte et réalise le potentiel d’une plateforme comme Intermission.

De "Spotlight on Mike Ross," écrit par Robert Cushman. Photo: Dahlia Katz

De "Spotlight on Mike Ross," écrit par Robert Cushman. Photo: Dahlia Katz

Les fonds que nous avons reçus de Metcalf nous ont permis de lancer le concept et faire ses preuves en bâtissant un lectorat avant d’approcher des compagnies pour vendre de la publicité. Trois années sont passées et nous avons maintenant un système où les théâtres qui veulent utiliser nos contenus pour promouvoir leurs productions doivent être des partenaires publicitaires. Au départ il y avait de la réticence, mais en prouvant notre mérite et la valeur réelle apportée par notre travail, les perceptions ont changé. Nous avons travaillé avec plusieurs compagnies de théâtre de Toronto et avons même uni nos forces à celles de compagnies à Montréal et à Victoria alors que nous cherchons à déployer notre modèle à l’échelle nationale. Si cette tendance se maintient et que nous réussissons à augmenter le nombre compagnies avec lesquelles nous collaborons tout en élargissant nos ventes publicitaires à d’autres industries qui cherchent à rejoindre notre lectorat, j’ai bon espoir qu’Intermission soit une plateforme durable et efficace pour communiquer avec les auditoires et compenser partiellement la perte de couverture dans les médias traditionnels.

Il va sans dire que la vague de changement dans l’industrie des journaux et des magazines a des répercussions néfastes sur les arts. Mais, si nous acceptons que les choses ne seront plus jamais comme avant, que nous nous retroussons les manches et que nous décelons les occasions que ces changements amènent, je crois qu’Intermission créera, à long terme, un lien plus puissant et plus pertinent entre les arts et leurs publics.

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