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Est-ce que la technologie a compromis notre démocratie?

Est-ce que la technologie a compromis notre démocratie?

Écrit par
Stuart Coxe
le
01 octobre 2019

Stuart Coxe explique la réflexion derrière son nouveau balado. Dans Attention Control with Kevin Newman, on examine les façons dont la technologie nous manipule, et manipule potentiellement les présentes élections. On donne ainsi quelques outils afin de naviguer dans cet environnement médiatique imprévisible.

Est-ce que la technologie a compromis notre démocratie?

Jim Balsillie (gauche) et Kevin Newman (droite) lors d’un enregistrement du balado Attention Control.

« Nous sommes dans un état-espion. Seulement, cet espionnage est réalisé par des compagnies privées de connivence avec des partis politiques plus qu’heureux d’échanger nos droits électoraux afin de détenir le pouvoir. »

Voici Jim Balsillie, un des créateurs de l’économie d’information portable dans laquelle nous vivons. Il connait la technologie. Balsillie est dans un studio où il discute avec Kevin Newman, un des journalistes radio du pays les plus reconnus et les plus respectés au pays, pour notre nouvelle émission de baladodiffusion,* Attention Control*. C’est une série qui s’intéresse aux façons dont la technologique influence notre démocratie.

« Je pense que notre élection est compromise de façon structurelle », continue Balsillie. « Je ne suis pas alarmiste en disant cela. C’est très grave. Nous avons vu ce qui s’est passé durant les élections du Brexit. Nous avons vu ce qui s’est passé aux États-Unis. Les Canadiens sont parmi les plus gros utilisateurs de médias sociaux au monde – ils en consomment plus encore que les habitants du Royaume-Uni, et plus encore que les Américains. Alors comment pourrions-nous ne pas être plus prompts à être piratés? »

Attention Control est le résultat d’un partenariat, unique au Canada, entre des universitaires, des journalistes, des philanthropes et des compagnies médiatiques privées. On cherche à créer de l’information utile en temps réel pour des citoyens qui désirent participer à la démocratie dans ce contexte médiatique imprévisible.

L’animateur d’Attention Control, Kevin Newman, accompagné de Stuart Coxe.

L’animateur d’Attention Control, Kevin Newman, accompagné de Stuart Coxe.

Depuis que le scandale de Cambridge Analytica a éclaté, nous savons que nos données peuvent être achetées par n’importe qui, moyennant un certain montant. Cette information fait en sorte que les publicitaires peuvent exploiter nos émotions dans des latitudes que nous ne pouvons même pas imaginer. On estime que Facebook seulement possède 52 000 traits de caractère qu’ils sont en mesure d’identifier en chacun de nous. C’est devenu une certitude que les plateformes de médias sociaux n’ont plus besoin d’écouter les microphones sur nos téléphones – ils savent déjà ce que nous allons dire.

Et quelles sont les raisons qui motivent ces manipulations d’émotions, particulièrement dans le domaine politique? Appelez cela des fausses nouvelles. Ou des nouvelles sélectives. Ou dîtes-vous peut-être que la vérité est cachée par les médias grand public. C’est à vous de choisir.

Selon Taylor Owen, professeur adjoint à l’École de politiques publiques Max Bell à l’Université McGill, cette sorte de désinformation tentaculaire est devenue un enjeu mondial.

« Les gouvernements tentent de comprendre. Les journalistes tentent de comprendre. Les universitaires tentent de comprendre. Nous avons eu environ une demi-douzaine de grosses élections depuis 2016. Dans chacune, une communauté composée d’universitaires, d’activistes, d’organismes à but non lucratif et de membres du gouvernement a essayé de comprendre comment les informations électroniques étaient en train d’être manipulées. »

Les plateformes de médias sociaux n’ont pas besoin d’écouter les microphones de nos téléphones — ils savent déjà ce que nous allons dire.

Non seulement Owen conduit-il une recherche sans précédent durant cette élection concernant la consommation canadienne de médias en ligne, il travaille aussi étroitement avec notre équipe de baladodiffusion pour partager au fur et à mesure ses découvertes.

Le groupe derrière cette émission de baladodiffusion (où contribuent d’excellents journalistes et chercheurs, dont d’anciens journalistes de Radio-Canada) considère que, à un certain niveau, nous avons besoin d’éclairer comment fonctionnent ces formes de pouvoir peu connues. Il s’agit ainsi de doter les citoyens d’outils afin de les aider à naviguer dans ce contexte.

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La diffusion radiophonique est un espace public fortement règlementé, dit Owen, contrairement aux plateformes de réseaux sociaux. « Nous avons accepté qu’elles soient complètement privatisées. Et jusqu’à ce que nous acceptions d’y implanter une certaine transparence, et, qui plus est, d’en comprendre les effets, je pense que nous sommes loin de développer les politiques adéquates qui nous permettraient d’affirmer que nous établissons des normes d’intégrité dans nos espaces publics. »

Les Canadiens et Canadiennes auront à décider lors de cette élection, puis lors de celles à venir, s’il s’agit d’un enjeu qui les préoccupe ou pas. Le mandat de notre émission est de mettre en lumière les forces, à la fois individuelles et systémiques, qui modifient la nature même du discours national. Tout commence avec une éducation médiatique de base. Un conseil qu’a partagé Kevin durant la baladodiffusion peut sembler évident pour des experts, mais il ne l’était certainement pas pour moi.

C’est là que réside la valeur intrinsèque de nos médias grands publics : les Canadiens continuent de leur faire relativement confiance et c’est ce qui fait d’eux une cible de choix pour les campagnes de désinformation.

L’échange va comme suit :

Taylor : « Un sujet tendance sur Twitter n’est pas significatif en lui-même lorsqu’il s’agit d’élections. Il y a beaucoup de manigances où des groupes tentent d’inonder la zone de contenu afin d’attirer l’attention des journalistes. Nous devons donc faire très attention aux messages que l’on choisit d’amplifier, et ne pas trop s’enthousiasmer en accordant trop d’importance à ces flots d’activités. Ils sont réellement importants que lorsqu’ils changent la mentalité des gens ».

Kevin : « Alors vous me dîtes qu’ils n’essaient pas réellement de manipuler l’électeur. Ils essaient de manipuler des personnes comme toi et moi. »

C’est là que réside la valeur intrinsèque de nos médias grand public : les Canadiens continuent de leur faire relativement confiance et c’est ce qui fait d’eux une cible de choix pour les campagnes de désinformation. La grande question est : si nous sommes nous-mêmes fourvoyés, à quel point ce sera facile de fourvoyer un citoyen qui n’est ni universitaire ni journaliste? Nous espérons que notre baladodiffusion rende cette tâche un peu moins facile.

Attention Control est une initiative de l’École de politiques publiques Max Bell de l’Université McGill, financée par une bourse de la Fondation Rossy et de la Fondation de la Famille David. Elle est produite par ma compagnie, Athica Productions, en association avec CTV News, et Kevin Newman en est l’éditeur en chef et l’animateur. Elle est disponible là où vous écoutez vos baladodiffusions, ou au www.attentioncontrolpod.com.

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