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Hommage à André Bureau, celui qui dessina le paysage audiovisuel du Canada

Hommage à André Bureau, celui qui dessina le paysage audiovisuel du Canada

Écrit par
Robert W. Brisebois
le
08 octobre 2019

Malgré le fait que, plus jeune, il n’entrevoyait aucunement ce destin, André Bureau devint l’une des figures marquantes de notre univers médiatique. Robert W. Brisebois se souvient de l’homme qui nous a quittés en avril dernier.

Hommage à André Bureau, celui qui dessina le paysage audiovisuel du Canada

André Bureau (1935-2019) a porté plusieurs chapeaux au cours de sa vie. Son impact sur notre système de radiodiffusion est indéniable. – Photo : gracieuseté d’Yves-André Bureau.

C’est le profil de quelqu’un qui a défini le caractère de l’industrie de la télévision pour des années à venir. Sans André Bureau, les canaux spécialisés, qui forment aujourd’hui le panorama le plus fabuleux de notre environnement télévisuel, n’auraient jamais vu le jour.

Tandis qu’il se préparait à diriger la plus importante société dans le monde des médias, André Bureau débuta dans les télécommunications, d’une façon très inattendue. Dans les années 1950, alors qu’il étudiait en droit, il anima une émission de variétés, dans la ville de Québec, où il fit la promotion de nouveaux artistes québécois.

Plus tard, dans sa ville natale de Trois-Rivières, tout en pratiquant le droit, il poursuivit son soutien aux activités artistiques. Il mit sur pied un Ciné-Club, très fréquenté à l’époque, et il participa à la création du Centre culturel de Trois-Rivières, où se produisaient des musiciens, des peintres et d'autres artistes locaux.

Sa personnalité dynamique, la clarté de son esprit, sa vaste culture qui imprégnait ses idées et son remarquable talent d’organisateur infusaient une vie et une détermination nouvelles à son action.

Puis, un jour, il fit le saut dans le monde des médias écrits. Il débuta comme conseiller juridique du Nouvelliste de Trois-Rivières. Lorsque le journal passa aux mains du conglomérat Power Corporation, qui possédait déjà plusieurs journaux à l’époque, il fut nommé vice-président exécutif du journal La Presse, où il se distingua par son leadership de 1968 à 1972.

De là, il rallia les rangs de Télémédia, une entreprise canadienne de radiodiffusion, où il occupa les postes de vice-président et de président. Il contribua aussi à lancer la première station FM de langue française, à Québec.

Mais André Bureau fit beaucoup plus encore. Sa personnalité dynamique, la clarté de son esprit, sa vaste culture qui imprégnait ses idées et son remarquable talent d’organisateur infusaient une vie et une détermination nouvelles à son action.

Il y a toujours des moments privilégiés... lorsqu'un homme entend le destin l'appeler par son nom.

De 1968 à 1972, André Bureau a occupé le poste de vice-président exécutif au quotidien La Presse.

De 1968 à 1972, André Bureau a occupé le poste de vice-président exécutif au quotidien La Presse.

Un jour de 1983, André Bureau reçut un appel du ministère fédéral des Communications, qui lui signifia que le premier ministre Pierre Elliott Trudeau désirait avoir un entretien avec lui. Il n’avait aucune idée à quoi s’attendre. Il était toujours président de Télémédia et n’avait jamais été attiré par l’action politique. En fait, après son séjour à La Presse, nous en avions souvent discuté. Quelques ex-collègues de l’Université Laval et des amis avaient choisi une carrière en politique, notamment Jean Chrétien, qui siégeait déjà dans le gouvernement Trudeau.

Sur le coup, il eut un moment d’hésitation. « Si c’est pour me demander d’être candidat aux prochaines élections », me dit-il, « même avec la promesse d’occuper un poste de ministre, je vais devoir me désister ».

Sur la Colline du Parlement, à Ottawa, dans l’édifice Langevin, l’antre incontournable du pouvoir politique qui abritait les bureaux du Cabinet du Premier ministre et celui du Bureau du Conseil privé, André Bureau allait franchir une nouvelle étape de sa brillante carrière.

Le premier ministre accueillit donc son visiteur avec tous les égards dus à un jeune homme qui avait déjà commencé à faire sa marque dans le monde des médias. L’entrée en matière fut brève, et Trudeau demanda à Bureau s’il accepterait de devenir président du CRTC. Bureau n'avait pas postulé pour le poste. L’offre du PM reposait uniquement sur les meilleurs atouts du candidat. Puis, la réponse ne se fit point attendre. Avant la fin de la journée, il était nommé par arrêté en conseil du cabinet des ministres.

Bureau nourrissait une profonde confiance en la capacité de la production canadienne d’alimenter ses propres canaux spécialisés.

André Bureau supervisa le CRTC de 1983 à 1989, à travers une période d'expansion et de changement. Ce fut une époque qui façonna le paysage télévisuel jusqu'à ce jour. Pendant son mandat, les premiers canaux spécialisés furent introduits, en 1984 : cinq au Canada, dix-sept à partir des États-Unis. Il savait très bien que ces mesures allaient soulever quelques inquiétudes chez les radiodiffuseurs et les câblodistributeurs.

Mais, la seule question était de savoir s’il valait mieux laisser les services américains entrer dans notre environnement avec des services non autorisés ou si nous allions développer nos propres services. Le président Bureau nourrissait une profonde confiance en la capacité de la production canadienne d’alimenter ses propres canaux spécialisés.

Le souci premier d’André Bureau fut de configurer les services spécialisés de manière à assurer leur pérennité dans l’environnement canadien. Pour ce faire, il préconisa l’établissement d’une réglementation appropriée, un financement adéquat et une mise en marché efficace.

Mais il alla beaucoup plus loin. Chaque décision du CRTC, lors d’un renouvellement de licence, comportait des exigences en matière de recherche et développement. Tout au long de son mandat, André Bureau eut un profond intérêt pour la qualité des contenus dans la programmation des canaux. Cette préoccupation se retrouvait aussi lors du changement de propriétaire d’une licence. L’acheteur se voyait alors imposer des exigences de financement en matière de recherche et d’amélioration des contenus. Si ce n’était pas accepté, la transaction pouvait être refusée.

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La radiodiffusion et les télécommunications canadiennes se levaient à l’aube d’un temps nouveau. André Bureau, qui siégeait à la présidence du Conseil, était résolu à s’assurer que tous les Canadiens aient accès à un système de communication de classe mondiale, qui encourage l’innovation et enrichit leur qualité de vie.

Les demandes de services spécialisés affluèrent de partout. Chaque fois, André Bureau jaugea la pertinence des demandes avec une vision orientée vers l’avenir. Ceci permit d’ajouter de nouveaux joueurs comme TV5 Québec Canada, une chaîne de télévision présentant une programmation axée sur le reflet de la francophonie internationale; ainsi que VISION TV, une chaîne multi-religieuse, multiculturelle et d'intérêt général.

Bref, un jour de 1989, André Bureau quitta le CRTC et devint, l’année suivante, président de la section Médias chez Astral, où il continua d’apporter toute son expérience et sa compétence en matière de services spécialisés. À ce moment-là, Astral ne comptait qu’une très faible quantité de canaux de langue française et anglaise. Mais avec l’appui et la confiance d’Harold Greenberg, président d’Astral, André Bureau se mit résolument à l’œuvre et propulsa la maison Astral au sommet des entreprises dans le domaine des télécommunications. Lorsque Bureau quitta Astral, quelques années plus tard, l’entreprise comptait des dizaines de stations de radio et de chaînes de télévision, y compris le Central médiatique composé de Movie Network et Super Écran.

André Bureau (à droite) aux côtés de deux de ses anciens collègues d’études, Pierre Garceau (à gauche) et Jean Chrétien (au centre). – Photo : gracieuseté d’Yves-André Bureau

André Bureau (à droite) aux côtés de deux de ses anciens collègues d’études, Pierre Garceau (à gauche) et Jean Chrétien (au centre). – Photo : gracieuseté d’Yves-André Bureau

En 2013, lorsque BCE Bell Canada Enterprises fit l’acquisition d’Astral Communications, André Bureau retourna à la pratique du droit au sein de la firme Heenan Blaikie. Au moment même où la boucle du pouvoir politique fut bouclée, André Bureau se retrouva dans le bureau d’avocats jadis fréquenté par Pierre-Elliot Trudeau et Jean Chrétien.

Personne ne se souvient du jour où il prit sa retraite, car il demeura toujours très actif et impliqué dans plusieurs œuvres caritatives. Puis, ce fut le temps de la reconnaissance pour l’ensemble de l’œuvre qu’André Bureau a accomplie dans la société canadienne. Il fut intronisé à l’Ordre du Canada en 1992. La France, de son côté, lui remit la médaille de Chevalier des Arts et des Lettres, pour sa contribution à la promotion de la culture française. Comme il fallait bien s’y attendre, il fut intronisé au Temple de la renommée de l'Association Canadienne des Radiodiffuseurs. En 2012, il fut nommé officier de l’Ordre national du Québec.

En raison de ses compétences variées, André Bureau siégea à plusieurs conseils d’administration, notamment celui de la compagnie d’assurance The Guarantee et celui de TerreStar, une entreprise qui opéra un système intégré de télécommunications satellitaires et terrestres. Il se retrouva également dans les conseils d’administration de la Maison Saint-Gabriel de Montréal et du Jewish General Hospital Foundation.

Même si l'héritage d’André Bureau est toujours visible, à ce jour, dans le système canadien de la radiodiffusion, cela n’empêche pas que, pour plusieurs, il demeura une personnalité très attachante. Personnellement, je fus à ses côtés comme collègue, tant à La Presse qu’au CRTC. Après cinquante années d’une amitié indéfectible, j’ai encore le souvenir d’instants merveilleux, de son immense générosité et de sa grande loyauté qui a embelli mes jours. Je retiens sa délicatesse du cœur, ainsi que l’élégance et le raffinement qui se reflétaient dans tous ses gestes.

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