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Facebook's algorithm will kill democracy, and its got nothing to do with privacy

L’algorithme de Facebook tuera la démocratie, et ce n’est pas qu’une question de confidentialité

Écrit par
Daniel Bernhard
directeur général et porte-parole, les AMIS de la radiodiffusion
le
02 avril 2018

Les Canadiens demandent et méritent de vivre dans une démocratie florissante et saine, et cette démocratie ne saurait exister si des compagnies comme Facebook contrôlent la circulation de l’information citoyenne.

Vous avez entendu la nouvelle : Facebook est dans l’eau chaude depuis qu’il a été révélé que les données personnelles de 50 millions d’utilisateurs pourraient avoir été utilisées sans leur consentement pour faire élire Donald Trump. #Oupelaïe!

Facebook est un poison pour la démocratie et ce n’est pas seulement à cause de son laxisme au niveau de la protection de la confidentialité ou de ses antécédents d’évasion fiscale à répétition.

La confidentialité n’est qu’un aspect du problème

L’aspect de Facebook le plus avilissant pour la démocratie est l’algorithme qui décide du contenu qui apparaîtra dans votre fil d’actualité.

Un article récent de Wael Ghonim du Centre Shorenstein à Harvard démontre pourquoi les algorithmes des plus grandes plateformes de communication devraient être réglementés : parce que, tout comme l’alcool ou le tabac, ils créent des dépendances et sont destructeurs par nature.

Facebook gagne son argent en bradant votre attention. Comme dit l’adage : « si vous ne payez pas pour un produit, vous êtes le produit ». Pour vous tenir en haleine, l’algorithme de Facebook donne priorité au contenu « accrocheur ». L’article de Ghonim se réfère à une étude du Pew Research Center qui démontre que les publications suscitant l’indignation sont deux fois plus partagées que celles exprimant des opinions plus nuancées.

L’évolution nous joue des tours

Pourquoi ne pourrions-nous pas tout simplement nous discipliner et refuser l’algorithme de l’indignation? Parce qu’il induit une dépendance chez l’utilisateur.

Ghonim cite Danah Boyd, chercheur chez Microsoft, qui émettait en 2009 un avertissement prémonitoire en utilisant cette formule spectaculaire : « Nos corps sont programmés pour consommer des gras et des sucres parce qu’ils sont rares dans la nature. » Boyd explique : « De la même manière, nous sommes biologiquement programmés pour être attentifs aux choses stimulantes : les contenus dégoûtants, violents, sexuels et les potins humiliants, embarrassants, ou offensants. Si nous ne faisons pas attention, nous développerons l’équivalent psychologique de l’obésité » (l’italique est de moi).

Que faire?

Une saine démocratie requiert que le débat citoyen soit équilibré et respectueux. Nous avons besoin de nous alimenter de cette saine démocratie et non d’ankyloser nos esprits avec une malbouffe intellectuelle à la sauce Facebook.

Donc, que pouvons-nous faire pour sauver la démocratie de « l’obésité psychologique » induite par Facebook? Voici trois idées.

1. Colmater la brèche

La politique fiscale canadienne est conçue pour récompenser les compagnies qui annoncent auprès d’entreprises médiatiques canadiennes, mais une brèche dans la Loi de l’impôt sur le revenu fait que ces dispositions ne s’appliquent pas aux publicités numériques. Conséquemment, les publicités sur Facebook coûtent 26% de moins qu’elles ne le devraient. Au bout du compte, l’argent de nos taxes subventionne, à hauteur de 1,3 milliard de dollars annuellement, les Facebook, Google, YouTube, et autres monopoles technologiques étrangers, saignant ainsi à blanc les entreprises journalistiques et les médias canadiens qui sont les garants de notre démocratie.

Les AMIS travaillent à colmater cette brèche. Vous pouvez nous appuyer en faisant un don et vous pouvez même écrire au Premier ministre Justin Trudeau pour exiger des mesures en conséquence.

2. Faites-les payer

Plus de Canadiens – toutes catégories d’âge confondues et non seulement les milléniaux – s’informent à partir de Facebook qu’à partir de n’importe quelle autre source. Pourtant, Facebook n’emploie pas le moindre journaliste et, même si ses revenus dépendent d’un flot constant de contenus « accrocheurs », Facebook encaisse des milliards de dollars sans donner un sou à ceux qui créent ledit contenu, y compris les organes de nouvelles dignes de confiance comme Radio-Canada.

Facebook est un éditeur et il devrait être traité de la sorte. Lorsqu’il fait la promotion de contenus manifestement erronés et trompeurs, il devrait être tenu responsable dans les limites du raisonnable et devrait être contraint de compenser ceux qui créent les contenus dont il tire des milliards de dollars de profit.

3. Pour qui nous prenez-vous?

L’algorithme de Facebook établit votre profil et vous montre ensuite du contenu selon le portrait qu’il s’est dressé de vous. Pourtant, Facebook refuse de dévoiler ces mêmes profils qu’il a créés aux usagers concernés. Ce sont vos données : ne devriez-vous pas avoir le droit de les connaître?

L’Union européenne croit que oui. En 2018, l’UE accordera aux citoyens le droit d’obtenir des explications quant aux décisions que les algorithmes prennent en leur nom. Autrement dit, Facebook devra vous dire pourquoi il croit bon vous montrer un article plutôt qu’un autre.


Les Canadiens demandent et méritent de vivre dans une démocratie florissante et saine, et cette démocratie ne saurait exister si des compagnies comme Facebook contrôlent la circulation de l’information citoyenne. Nous poussons Ottawa à parer le Canada contre cette offensive.

*Daniel Bernhard @sendinthewolf *est le directeur général des AMIS de la radiodiffusion.**

Dans cet article
Défendons ensemble nos intérêts culturels et économiques.