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Le qui, le quoi, le quand et le pourquoi de la radiodiffusion publique canadienne

Le qui, le quoi, le quand et le pourquoi de la radiodiffusion publique canadienne

Écrit par
Kealy Wilkinson
le
09 janvier 2019

Kealy Wilkinson dresse le portrait coloré de l’histoire de la radiodiffusion publique au Canada et démontre pourquoi, malgré toutes les transformations du paysage médiatique au cours du dernier siècle, ce médium est toujours aussi important.

Le qui, le quoi, le quand et le pourquoi de la radiodiffusion publique canadienne

Lorsque la radio est apparue dans les années 1930, la technologie a galvanisé la nation. Pour les Canadiens, répartis à travers l’immense pays, la radiodiffusion est devenue un médium essentiel. C’était une fenêtre sur le monde : un remarquable outil pour la connaissance et l’édification de la nation.

Au début du vingtième siècle, la radio nationale était surtout un service public, conçu pour informer, éclairer et divertir les auditoires avec des émissions intéressantes abordant une vaste gamme de sujets. Il a fallu un investissement considérable pour développer un réseau national d’émetteurs et une capacité de production d’émissions adéquate. Ici, au Canada, le défi n’était pas que financier : comment pourrions-nous transmettre les signaux radio de l’Atlantique au Pacifique et dans toutes les petites communautés éparpillées dans l’ensemble du territoire?

Les signaux de radio AM voyagent par ligne de mire, donc, pour construire un réseau national, il fallait construire des tours de transmission sur des hauts sommets, d’un océan à l’autre, du nord au sud, et aussi dans les communautés rurales et isolées – une tâche monumentale et dispendieuse, mais nécessaire. Si la radiodiffusion canadienne devait être soutenue par tout ceux qui paieraient leur redevance radio – obligatoire à l’achat d’une radio – cette redevance entrainait donc le droit de recevoir ses émissions.

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À l’origine du développement d’un service de radiodiffusion publique au Canada se trouve un groupe de jeunes Canadiens, dont faisaient partie -Alan Plaunt, Eugene Forsey, Frank Scott et Graham Spry, qui avaient décelé au cours des années 1920 que leur pays, se remettant à peine des difficultés entrainées par la Première Guerre mondiale et confronté à une vague d’immigration de masse, avait désespérément besoin d’un moyen d’apprendre à se découvrir. Excités par les possibilités qu’offre la radio, ils ont formé la Canadian Radio League et, en ralliant les milieux d’affaires, éducatifs, religieux et financiers, ils ont convaincu le gouvernement conservateur de l’époque d’investir dans un système public de radiodiffusion pour le Canada.

Lorsque le parlement a désigné la Commission Aird afin de déterminer comment le système devrait se déployer, Spry a vivement recommandé la création d’un système qui reflèterait l’unicité de l’identité canadienne et qui serait indépendant de l’influence exercée par le modèle commercial américain. « Le choix qui s’offre au comité est clair, » affirmait Spry. « C’est un choix entre des intérêts commerciaux et l’intérêt du peuple. C’est un choix entre l’État et les Etats-Unis. »

Soutenue d’un océan à l’autre, la Commission canadienne de la radiodiffusion (CCR) voit le jour en 1932. Quatre ans plus tard, alors que la pression financière grandissante de la crise économique avait mis en évidence les lacunes institutionnelles de la CCR, elle traversa une restructuration pour renaître en 1936 sous l’appellation Société Radio-Canada / Canadian Broadcasting Corporation(CBC).

Lorsque le parlement a désigné la Commission Aird afin de déterminer comment le système devrait se déployer, Spry a vivement recommandé la création d’un système qui reflèterait l’unicité de l’identité canadienne et qui serait indépendant de l’influence exercée par le modèle commercial américain.

« La radiodiffusion, c’est l’affaire de personnes qui s’adressent à des personnes» disait Spry. Un radiodiffuseur national a permis aux pêcheurs de l’Atlantique de partager leurs préoccupations avec leurs confrères de la côte Ouest, aux enseignants de l’Ontario de relever quelques astuces des éducateurs de Saskatchewan, aux bûcherons de Colombie-Britannique d’apprendre de ceux du Québec et, par dessus tout, aux familles en quête de travail qui commençaient à se disperser sur la portion nord de l’Amérique du Nord de rester au fait des réalités des autres membres.

Quand le Canada s’est joint à l’effort de guerre en 1939, les citoyens de partout au pays ont syntonisé Radio-Canada – en français et en anglais – pour se tenir au courant. La voix de baryton de Lorne Green (connu plus tard pour son interprétation de Ben Cartwright dans la série Bonanza) livrait les nouvelles quotidiennes aux Canadiens d’un océan à l’autre, leur permettant ainsi se rapprocher de leurs êtres chers qui servaient à l’étranger et qui complétaient des formations, ou qui travaillaient pour des industries de guerre, ailleurs au Canada. Matt Halton, Peter Stursberg, Marcel Ouimet, et d’autres reporters sur le terrain rapportaient les différentes batailles, créant un lien quotidien avec la nation à un point tel que le Comité parlementaire sur la radio de 1944 a reconnu : « En cette époque de guerre moderne, la radio est une arme nouvelle et importante. Par son entremise, les aspects changeants de la guerre sont rapportés à notre peuple chez nous, et les gens au Canada restent en contact avec les troupes canadiennes à l’étranger… Pour bâtir le moral essentiel à la nation, il n’y a pas de meilleur outil. »

Au cours des années suivant la Seconde Guerre mondiale, la télédiffusion a commencé à s’organiser aux Etats-Unis avec quatre réseaux en démarrage dès 1948. Les Canadiens habitant près de la frontière ont commencé à acheter des téléviseurs afin de capter les émissions américaines, créant ainsi un marché prêt à recevoir CBC-TV et TV-Radio-Canada, des services lancés à Toronto et à Montréal en 1952.

Le cadre du service de radiodiffusion publique du Canada était établi.

Au fil des décennies qui se sont écoulées depuis, l’offre médiatique des Canadiens a connu des transformations radicales. La radio commerciale, les stations et les réseaux de télévision ont pu obtenir des licences afin d’offrir plus de choix. Les systèmes électroniques analogiques de diffusion ont été supplantés par les médias numériques, disponibles presque partout sur les tablettes, téléphones, ordinateurs, et même sur appareils radio et télé. Les contraintes réglementaires qui donnaient la priorité aux signaux et aux services canadiens ne s’appliquent pas aux médias en ligne et les annonceurs se tournent vers le web, abandonnant au passage les journaux, les magazines et les médias de masse électroniques que sont la radio et la télévision.

Aujourd’hui, alors que l’offre médiatique est si abondante–-Facebook, Amazon, Netflix, Google, Snapchat, Twitter–-le Canada a-t-il toujours besoin d’un diffuseur public national?

Oui. Nous en avons même encore plus besoin qu’au vingtième siècle. Et l’explication est intrinsèque au nom même; la diffusion publique, c’est servir le public et l’intérêt public, par des émissions qui impliquent, informent, divertissent et qui rehaussent les assises culturelles sur lesquelles le Canada s’est construit : vérité, équité, justice et équilibre.

Les auditoires qui suivent les nouvelles dans les médias publics plutôt que privés sont sensiblement mieux informés, plus susceptibles d’être instruits sur le monde qui les entoure, et plus susceptibles de s’impliquer dans le processus démocratique en allant voter aux élections.

Les entreprises de médias sociaux, répandues aujourd’huis, sont animées par un impératif commercial–-une course aux clics qui peuvent être comptés et vendus comme une preuve de « valeur » pour les annonceurs. Ni conçus ni prévus pour être des services publics, ce sont des entreprises extrêmement prospères dont le but est de toujours accroître le retour sur investissement. Les médias sociaux donnent quotidiennement accès à des millions d’histoires, de faits et de rumeurs-–mais comment les différencier? Contrairement à la radio, les collègues, la famille, ou les amis n’auront qu’une fraction du message en commun. Ce sont des diffusions « ciblées » conçues pour des destinataires individuels, plutôt que des émissions qui rassemblent des auditoires afin de vivre une expérience commune d’échange et de partage, une expérience de dialogue.

Des dizaines d’années de recherches académiques démontrent que, en comparaison avec les médias commerciaux, les médias publics diffusent plus d’information sérieuse, de couverture internationale, de reportages sur la politique et l’actualité, en plus des analyses approfondies d’enjeux contemporains de politique publique–-de manière moins sensationnaliste et plus équilibrée. Conséquemment, les auditoires qui suivent les nouvelles dans les médias publics plutôt que privés sont sensiblement mieux informés, plus susceptibles d’être instruits sur le monde qui les entoure, et plus susceptibles de s’impliquer dans le processus démocratique en allant voter aux élections.

Il n’est donc pas surprenant que les populations des pays dont les diffuseurs publics sont bien financés et bien appréciés tendent à démontrer un meilleur indice de confiance et de cohésion sociale, et faire preuve de moins de radicalisme politique. Voilà qui rend le rôle du diffuseur public encore plus crucial à notre époque de fragmentation numérique, en particulier s’il est libéré de sa dépendance envers les revenus publicitaires.

Plusieurs années après avoir concrétisé son projet de radio, Spry a prononcé un discours à la Société royale du Canada et il a dit : « Sans communication, il n’y a pas de société, qu’il soit question d’un groupe de scouts, d’une ruche d’abeille, du Barreau ou d’une nation. »

La communication est la fonction essentielle des médias publics. Et il est impératif–-tout comme au lendemain tumultueux de la Première guerre mondiale–-que le diffuseur public national du Canada devienne la structure de confiance sur laquelle nous continuerons de construire une nation unique et solidaire, au nord de l’Amérique du Nord.

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