Skip to contentSkip to navigation
Le temps est venu pour les politiciens de travailler en équipe

Le temps est venu pour les politiciens de travailler en équipe

Écrit par
Adrian Heaps
le
19 novembre 2019

Adrian Heaps demande au premier ministre Justin Trudeau de mettre de côté l’animosité de la campagne électorale 2019 et d’épouser les valeurs de coopération et de compromis qui ont marqué l’histoire du Canada, en incluant des membres des autres partis dans son nouveau cabinet.

Le temps est venu pour les politiciens de travailler en équipe

Les chefs de parti, et tout particulièrement le premier ministre, devraient garder en tête que les grands projets de notre pays ont vu le jour grâce à la collaboration et au compromis.

Je discutais avec une amie des résultats de la dernière élection. Celle-ci a remarqué que les Canadiennes et Canadiens ont été plus sensés qu’ils ne le semblent lors du scrutin. De façon globale, ils ont cru en l’approche des libéraux, mais ils ont été déçus de la performance d’un gouvernement majoritaire. En faisant élire une minorité, ils ont envoyé un message clair à ce gouvernement : ils veulent qu’il fasse équipe avec ceux qu’il perçoit comme ses adversaires en tirant profit de leur expertise, tout cela dans l’intérêt de notre pays.

Bien sûr, pour ceux qui se remettent encore d’une défaite électorale, l’idée de collaborer avec les autres partis apparaît comme une violation de leurs principes. Or, si les chefs de partis faisaient réellement campagne en se basant sur leurs principes, nous aurions des élections beaucoup plus dignes de ce nom, au lieu de la mêlée d’accusations et d’attaques qui s’est déroulée durant 36 jours.

Il faut dire que les chefs qui se disputaient l’attention et les votes offraient des choix bien peu reluisants aux électeurs canadiens. Nous avions un individu qui faisait la fête en « blackface » dans sa jeunesse. Son opposant avait, pour sa part, oublié de dire aux Canadiens qu’il était aussi Américain. De plus, celui-ci mentionnait à répétition qu’il avait déjà été vendeur d’assurances, alors qu’il n’a jamais possédé de permis pour vendre de l’assurance. D’autre part, nous avions un homme qui avait déjà partagé la scène avec des personnes soupçonnées d’être des extrémistes sikhs, un détail qu’il a omis de mentionner.

Les électeurs ont envoyé un message clair à ce gouvernement : ils veulent qu’il tire profit de l’expertise de ses adversaires, en songeant aux intérêts du pays.

En réalité, ces candidats ne sont pas infaillibles, car ils sont humains, tout simplement. Comme à chaque élection, nous perdons trop de temps à essayer de projeter nos propres imperfections sur des gens de qui nous n’attendons rien de moins que la perfection. N’est-il pas temps de réaliser que les personnes qui tentent de se faire élire sont des êtres humains, qui ont décidé de sortir de leur zone de confort pour représenter les électeurs à l’échelle locale ou nationale?

Malheureusement, les nouveaux politiciens démarrent leur carrière avec leurs principes intacts, mais au fil du temps, ils s’imprègnent de la culture de leur parti. Les conseillers exercent leur influence, allant parfois jusqu’à manipuler le message pour obtenir le plus de votes possible. Les idées sont dissimulées sous des subterfuges verbaux, pour être exposées sous forme de courtes phrases toutes faites. Au final, les candidats deviennent des sortes d’automates politiques, promettant la lune aux électeurs en faisant ressortir les faiblesses de leurs adversaires, tout cela parce qu’ils n’ont pas confiance en la capacité des gens d’assimiler des idées intelligentes.

Le seul aspect positif dans tout ça, c’est qu’au Canada — contrairement à certains pays immédiatement au sud — le parti qui gagne les élections n’a pas une si grande importance. Les droits des personnes LGBTQ seront toujours respectés, idem pour le droit à l’aide médicale à mourir. Les valeurs fondamentales canadiennes, omniprésentes dans tous les aspects de nos vies, seront préservées après le dépouillement du vote. C’est ce qui fait la grandeur de notre pays, mais les politiciens de toutes les allégeances oublient que la coopération et les compromis constituent les assises du Canada, assises qui ont permis aux plus grands premiers ministres de bien représenter les citoyens.

Pierre Elliott Trudeau encourageait son fils Justin à demeurer à l’écoute de perspectives qui diffèrent de la sienne. Il est temps que cette leçon soit appliquée.

Pierre Elliott Trudeau encourageait son fils Justin à demeurer à l’écoute de perspectives qui diffèrent de la sienne. Il est temps que cette leçon soit appliquée.

Pourquoi le Canada ne reconnaît-il jamais son potentiel? Est-ce parce que nous avons été colonisés par les Britanniques pendant tant d’années et que nous croyons maintenant que les États-Unis doivent mener la barque? Il faut dire que l’auto-contemplation constitue pratiquement un emploi à temps plein pour le Canada, au point où je suis étonné que nous n’ayons pas de ministre du Nombrilisme. Nous sommes constamment en train de nous remettre en question, de consulter les autres, de rechercher des consensus et des compromis. Les exemples en ce sens abondent.

En 1977, en réponse à l’élection d’un gouvernement provincial orienté vers la souveraineté au Québec, le gouvernement fédéral a mis sur pied la Commission sur l’unité canadienne. La Commission était coprésidée par Jean-Luc Pépin, un ancien ministre libéral fédéral, et John Robarts, un ancien premier ministre conservateur de l’Ontario. L’objectif de la Commission était de recueillir des opinions au sujet des problèmes touchant l’unité au pays, de diffuser les efforts entrepris pour régler ces problèmes et de conseiller le gouvernement sur des façons de renforcer l’unité nationale.

La Commission a produit un rapport fort intéressant, qui s’est retrouvé sur de nombreuses tablettes à travers le pays. Quelques années plus tard, le Forum des citoyens sur l’avenir du Canada a été créé. Après l’échec de l’Accord du lac Meech, Brian Mulroney a réalisé que le Canada devait se remettre à son passe-temps national favori : l’introspection. Il a avancé l’idée que l’Accord du lac Meech, même s’il s’agissait d’un échec aux yeux de certains, représentait effectivement une occasion pour le Canada de s’examiner et se remettre en question. Étant donné que la Constitution canadienne avait récemment été modifiée, il avait peut-être raison. Keith Spicer a présidé le Forum des citoyens sur l’avenir du Canada. Au cours de son mandat, le Forum des citoyens (aussi appelé Commission Spicer) a produit des milliers de pages de verbiage, desquelles un énoncé de Spicer est ressorti. Selon le président, le rapport servirait de prisme pour le pays, en réunissant des milliers de points de vue et en les orientant vers une vision unifiée. Jamais des mots plus éloquents n’ont été prononcés à la suite d’une commission

C’est le père de Justin qui lui a enseigné que, peu importe le sujet d’une dispute, il est possible de respecter l’opinion de l’autre et de tenter de trouver une solution au problème.

Sur une note plus humaine, à l’âge de huit ans, Justin Trudeau a été reçu dans la salle à manger du Parlement par son père Pierre Trudeau, alors premier ministre. Justin a fait une blague à propos de quelqu’un dans la pièce, et son père l’a pris à part pour lui dire qu’il était possible d’être en désaccord avec quelqu’un sans le dénigrer. C’est son père qui lui a enseigné que, peu importe le sujet d’une dispute, il est possible de respecter l’opinion de l’autre et de tenter de trouver une solution au problème. Qui plus est, c’est Trudeau père qui a demandé à son fils, voire au Canada entier, de faire preuve de tolérance envers les opinions et les idées qui diffèrent des nôtres. Au fil des ans, son fils et ce pays ont oublié ce mantra, en choisissant plutôt de céder aux volontés des gens dans son et dans notre entourage.

Qu’est-ce que cela signifie donc, surtout après l’acrimonie de la campagne de 2019? Peut-être que Justin Trudeau devrait tenir ses conseillers à l’écart pour être plus à l’écoute de l’âme du pays — et même se souvenir des conseils de son père.

Pour commencer, il pourrait affecter certains de ses soi-disant adversaires à des postes ministériels. Le talent n’est certainement pas absent des bancs d’opposition. Ce geste sortirait certainement de l’ordinaire et serait perçu comme une innovation. Ce serait un excellent moyen de créer un environnement de travail axé sur la collaboration, qui servirait réellement les intérêts du pays, pas juste ceux du parti au pouvoir.


À lire aussi :


N’était-ce pas Trudeau qui affirmait que nous devons célébrer notre diversité, que celle-ci constitue notre force? Il a ajouté que nous devons apprendre à coopérer et à comprendre nos différences, au lieu de renforcer celles-ci.

Il a maintenant la chance d’entamer une nouvelle ère de la politique canadienne. En nommant des membres des autres partis au cabinet des ministres, il inclura ces personnes et leurs idées, au lieu de se les mettre à dos. Cette approche obligera les gens à coopérer et à collaborer, en plus de démontrer aux Canadiens et Canadiennes que les gens de divers milieux et de diverses croyances peuvent travailler ensemble. Il ne sert à rien de prêcher de telles vertus au public si le gouvernement lui-même ne peut pas montrer l’exemple. La meilleure façon pour le Canada de montrer sa valeur véritable au monde entier, c’est en devenant un modèle à suivre en matière de progressisme.

C’est ainsi que nous avons évolué en tant que pays, et c’est ainsi que nous évoluerons en tant que société. Comme le disait Lester Pearson, « Nous sommes une solution à la recherche d’un problème. »

Restez informé, rejoignez la liste d'envoi des AMIS

Requis

Vous êtes à deux pas de compléter votre profil.

Requis
Requis
Requis
Requis
Dans cet article
Défendons ensemble nos intérêts culturels et économiques.