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Les 50 ans de la FPJQ : Fédérer les énergies, concilier les différences

Les 50 ans de la FPJQ : Fédérer les énergies, concilier les différences

Écrit par
André Lavoie
le
26 novembre 2019

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec célèbre ses 50 ans d’existence ce mois-ci. André Lavoie nous permet ici de revisiter l’histoire de la FPJQ et de constater l’évolution des défis auxquels elle a dû faire face au fil des époques.

Les 50 ans de la FPJQ : Fédérer les énergies, concilier les différences

L’ancien journaliste et directeur de l’information à Radio-Canada Louis Martin lors d’une assemblée générale de la FPJQ dans les années 1980. – photo : Claire Beaugrand-Champagne

En 1971, sans doute encore sous le choc provoqué par la pièce Les Belles-sœurs, de Michel Tremblay, créée en 1968, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) avait tenu un colloque sous le titre, qui était fort heureusement mis entre guillemets : « L’information, ça sert à fourrer le monde… ». Une question bien ancrée dans l’air du temps faisait alors l’objet d’un atelier : Les journalistes sont-ils tous des péquistes?

Pour qui fréquente aujourd’hui les congrès annuels de la FPJQ, dont plusieurs tenus au chic Château Frontenac de Québec, le vocabulaire utilisé pour attirer la profession à ces journées de réflexion, de formation et d’échanges a bien changé. Comme tout le reste d’ailleurs, et pas seulement la cotisation annuelle qui, en 1973, s’élevait à 36 $. Selon la Banque du Canada, ce montant équivaut à 209 $ en dollars d’aujourd’hui; la FPJQ a visiblement suivi de près la progression du taux d’inflation. Mais elle a surtout cherché à demeurer en phase avec une profession qui, sans mauvais jeu de mots, n’a pas toujours bonne presse.

De sa naissance officielle le 2 mars 1969 jusqu’à ce jour, deux préoccupations fondamentales ont toujours dicté les actions de l’organisation : la liberté de presse et le droit du public à l’information. Deux tâches ambitieuses, toujours un peu télescopées par une foule d’enjeux liés à une actualité sans cesse brûlante qui ont jalonné l’existence de la FPJQ : l’amélioration des conditions professionnelles de ceux et celles que l’on appelait à l’époque « les travailleurs de l’information »; la mise au monde, laborieuse, voire déchirante, du Conseil de presse en 1973, organisme chargé d’entendre les plaintes en déontologie; la transformation de son effectif d’abord composé de syndicats et d’associations pour ensuite devenir un regroupement d’individus, transition effectuée en 1992.

Deux préoccupations fondamentales ont toujours dicté les actions de la FPJQ : la liberté de presse et le droit du public à l’information.

D’ailleurs, au cours de sa première décennie, le monde syndical vivait alors une époque de grande effervescence, tout comme le mouvement associatif. Mais qui se souvient encore de l’Association des journalistes anglophones, l’Association des pigistes en information, l’Association des journalistes de plein air, ou encore du Regroupement des journalistes spécialisés en économie? Ne levez pas tous la main en même temps… En revanche, d’autres ont persisté, en marge de la FPJQ, comme l’Association des journalistes indépendants du Québec, une poignée de pigistes ayant décidé en 1988 de se regrouper pour mener un combat essentiel, celui de leurs conditions de travail dans un contexte de précarité permanente, une lutte ayant bénéficié du soutien constant de la Fédération nationale des communications.

Une permanence dans la continuité

Comme toutes bonnes organisations nées dans l’enthousiasme, la réalité finit toujours par imposer ses droits, et parfois brutalement. La FPJQ n’y a pas échappé, reposant longtemps sur une poignée de collaborateurs dévoués, exclusivement des bénévoles, ce qui freine forcément les ambitions.

La FPJQ installera d’abord ses bureaux à Québec, un choix logique dans la mesure où elle se voulait près de l’État, revendiquant déjà un soutien important dans le domaine de l’information—qui aurait cru que nous en serions encore là aujourd’hui? Son déménagement à Montréal en 1973 ne signifie pas le début d’une période de confort et de stabilité, logeant même parfois en toute illégalité dans un triplex de la rue Panet, comme l’évoquait Claude Robillard, ancien directeur général de la FPJQ de 1989 à 2014, dans son message de départ publié dans Le Trente. D’autres locaux ne seront guère plus accueillants, en rien confortables et sécuritaires, et celui que plusieurs membres ont fréquenté lors de la tenue de nombreuses formations, situé sur l’avenue du Mont-Royal, a reçu trois fois la visite des cambrioleurs.

Les pressions exercées par la FPJQ ont mené à la création de la Loi régissant le financement des partis politiques et la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels sous la gouverne de René Lévesque qui, rappelons-le, avait été lui-même journaliste.

Les pressions exercées par la FPJQ ont mené à la création de la Loi régissant le financement des partis politiques et la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels sous la gouverne de René Lévesque qui, rappelons-le, avait été lui-même journaliste.

Ils ne savaient visiblement pas où ils débarquaient! Car si la FPJQ peut maintenant compter sur trois employés permanents, et fait appel à des contractuels pour différents projets et d’événements, l’organisation a connu son lot de difficultés financières, parfois menacée de fermeture dans les années 1970 et 1980, pourtant une époque bénie où les adhésions sont nombreuses (près de 250 nouveaux membres recrutés en une seule année!). Les déficits projettent alors une ombre menaçante, ce qui oblige l’organisation à recentrer sa mission, offrir davantage de services directs à ses membres, et relancer certains prix, dont le bien connu et convoité Judith-Jasmin. Tout cela dans un contexte de rapides transformations technologiques, aboutissant notamment à la création du premier site Web de la FPJQ en 1999.

Les débats, c’est notre affaire

Il aura fallu trois congrès, et de multiples discussions, pour mettre le point final au tout premier Guide de déontologie destiné non seulement aux membres de la FPJQ, mais à tous les journalistes du Québec. C’était en 1996, et malgré toutes les petites révolutions qui secouent la profession—de l’Internet au téléphone cellulaire en passant par les réseaux sociaux et le journalisme citoyen—, ce document fait encore autorité, rappelant les bases fondamentales d’un métier que Lise Millette, ancienne présidente de la FPJQ, a su bien résumer : « Livrer l’information, y compris celle qu’on ne veut pas nous donner. »

Si la FPJQ est bien connue dans les officines du pouvoir, à Québec comme à Ottawa, ce n’est pas seulement grâce à la notoriété médiatique de plusieurs de ses têtes dirigeantes, comme Anne-Marie Dussault, Pierre Craig, Michel C. Auger, ou Alain Gravel. La Fédération s’est toujours fortement impliquée dans les débats concernant les enjeux touchant bien sûr les journalistes, mais aussi la transparence de l’État dans ses rapports avec les citoyens, autre thème récurrent qui ne semble pas prêt de disparaître du paysage.

Deux préoccupations fondamentales ont toujours dicté les actions de la FPJQ : la liberté de presse et le droit du public à l’information.

Alors que l’on craignait déjà à la fin des années 1960 « la monopolisation et l’américanisation de la presse », la FPJQ n’a pas attendu qu’on lui donne la parole pour la prendre, sur la place publique comme dans les nombreuses commissions parlementaires qui ont touché à tous les aspects du monde des médias, et du quotidien des journalistes.

Les prises de positions fortes de la Fédération ont touché à de nombreuses facettes de notre vie démocratique, et plus d’une fois abordé la question de la tendance, détestable, d’un État cachottier sur ses processus décisionnels, mauvaise habitude reprise par bon nombre de municipalités québécoises au fil des décennies. Si le gouvernement de René Lévesque est souvent associé à la création de sa fameuse loi sur le financement des partis politiques (grâce au travail acharné de plusieurs journalistes d’enquête, nous avons appris qu’elle n’a pas résisté à l’usure du temps), il fut aussi l’initiateur de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements, en 1982.


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Cette avancée importante pour contrer la culture du secret, cette aberration dans toute société qui se prétend démocratique, fut elle aussi victime des assauts, discrets mais tenaces, de ses détracteurs, certains dument élus… Ce n’est là qu’un des « dossiers noirs » que la FPJQ a dû défendre avec vigueur, sans compter tous les autres : arrestation de journalistes pour refus de révéler leurs sources, guerres fratricides entre conglomérats ou entreprises de presse, démantèlements de salles de presse dans des stations de radio et de télévision dont certaines furent des écoles et des modèles pour des générations de journalistes, etc.

Où sont les voies ensoleillées du journalisme?

Les chiffres ne disent pas tout, mais certains sont plus éloquents que d’autres. Alors que la FPJQ comptait 460 membres en 1974, on en dénombrait plus de 2000 en 2015. Cette année, avec 1800 reporters, recherchistes, chroniqueurs, photographes de presse et cadres de l’information appartenant à plus de 250 médias écrits et électroniques, les rangs sont loin d’être clairsemés, et cette légère baisse des effectifs n’est en rien un désaveu de la philosophe et des actions de la Fédération—qui a pourtant connu son lot de dissidences et de chicanes internes!

Pour qui aurait encore la tête bien enfouie dans le sable, la crise des médias n’a rien d’un buzzword, d’une vue de l’esprit, ou de la dernière lubie d’un corps de métier dont l’une des caractéristiques est de douter de tout, même de l’amour de sa mère! Les déboires du Groupe Capitales Médias, dont le destin demeure toujours incertain au moment d’écrire ces lignes, et les nuages qui planent sur tant de médias d’information et de journaux que l’on croyait jusque-là éternels, démontrent l’importance de la voix, et des actions, de la FPJQ. Plus que jamais, elle doit canaliser les énergies, et les indignations, des preux chevaliers du quatrième pouvoir. Ceux-ci surveillent constamment les trois autres, mais ne peuvent le faire sans le soutien indéfectible de citoyens convaincus de la nécessité impérieuse de la démocratie, qui demeure après tout, comme disait Winston Churchill, « le pire des systèmes, à l’exclusion de tous les autres ».


Cet article a également été publié dans le volume 43, numéro 1, du magazine spécialisé en journalisme de la FPJQ, Le Trente, paru le 21 novembre 2019.

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