Skip to contentSkip to navigation
Les documentaires, notre nouvelle source de nouvelles?

Les documentaires, notre nouvelle source de nouvelles?

Écrit par
Mathieu Pierre Dagonas
le
09 juillet 2019

Vu le déclin des grands médias traditionnels et la prolifération des fausses nouvelles dans les médias sociaux, les gens en quête de vérité se tournent vers les documentaires. Nous devons maintenant rendre ces films plus accessibles aux publics canadiens.

Les documentaires, notre nouvelle source de nouvelles?

Les algorithmes, les notifications poussées et les mots-clics personnalisent de plus en plus notre expérience du monde depuis l’avènement d’Internet. Faciles à lire, les publications sur les médias sociaux s’imposent comme source d’information privilégiée. Pendant ce temps, les médias traditionnels, comme les journaux et les revues, sont délaissés, une situation qui entraîne des mises à pied et des compressions budgétaires.

Or, bien que les Canadiennes et Canadiens disent utiliser les médias sociaux pour consulter des nouvelles, ils sont en train de perdre confiance en cette source d’information. Selon un sondage récemment commandé par la Fondation pour le journalisme canadien, 52 % des Canadiens utilisent Facebook, Instagram et Twitter comme sources principales d’information, mais seulement 32 % des Canadiens ont confiance en la véracité de l’information qu’ils obtiennent par le biais de ces plateformes.

Au cœur du déclin du journalisme, tant dans les médias sociaux que traditionnels, est un problème qui menace de détruire l’intégrité de l’industrie dans son entier : les « fausses nouvelles ». En ligne, toute forme d’information, y compris la désinformation, peut potentiellement se répandre comme une trainée de poudre. Heureusement, tout n’est pas noir. À mesure que leur scepticisme grandit à l’égard des médias sociaux et traditionnels, les Canadiennes et Canadiens se tournent vers une autre source d’information pour avoir l’heure juste : les documentaires.

D’un point de vue historique, les documentaires canadiens contribuent depuis longtemps à mettre en évidence des questions sous-représentées et à dévoiler des vérités cachées. Comme en témoigne Nipawistamasowin: We Will Stand Up, un documentaire récent sur le procès de Colten Boushie, les réalisateurs canadiens de documentaires n’ont jamais eu peur d’exposer des dures réalités.

Réalisé par Tasha Hubbard, Nipawistamasowin: We Will Stand Up a remporté le prix du meilleur long métrage documentaire canadien au festival Hot Docs à Toronto. Le film a attiré l’attention de la communauté internationale pour avoir soulevé des interrogations quant au racisme dans le système judiciaire canadien. Il expose en effet l’acquittement de Gerald Stanley, qui a tué Boushie à coup de fusil lorsque ce dernier s’est introduit, avec ses amis, sur la propriété de Stanley en Saskatchewan.

nîpawistamâsowin: We Will Stand Up (Trailer)

Comme je le mentionnais récemment, dans une entrevue pour le magazine Indiescreen de la Canadian Media Producers Association, à une époque où les fils de nouvelles à travers tout le pays sont remplis de désinformation et d’articles de sources inconnues, les gens recherchent de plus en plus l’information par sujet. Ainsi, ils découvrent des documentaires portant sur des événements qui n’ont pas fait l’objet d’une large couverture par les médias grand public.

Un autre exemple est le documentaire The Apology lancé en 2016 par Tiffany Hsiung, qui a remporté le prix Allan King de l’Association des documentaristes du Canada (DOC) cette année. Le film suit l’histoire de trois femmes qui ont été tenues en otage par l’armée impériale japonaise et utilisées en tant qu’esclaves sexuelles ou « femmes de réconfort » durant la Seconde Guerre mondiale. The Apology a aussi atteint un succès international, ce qui permet actuellement de faire connaître la réalité des femmes de réconfort à un public qui ignorait l’existence de ce problème, comme le mentionnait Hsiung dans une entrevue récente.

Notre premier ministre ne se tourne peut-être pas vers Twitter pour remettre en question l’intégrité des grandes chaînes d’information, comme le font nos voisins du Sud. Cela dit, les fausses nouvelles ne sont pas un problème réservé strictement aux États-Unis. Selon un sondage de 2019 du Centre pour l’innovation dans la gouvernance internationale (CIGI) d’Ipsos Public Affairs pour le Canada, 90 % des Canadiennes et Canadiens avouent être déjà tombés dans le panneau des fausses nouvelles, et le sondage révélait que Facebook en était la source principale.

Avant la sortie du sondage Ipsos, Hot Docs a publié un rapport l’an dernier qui montrait que 55 % des gens regardent plus de documentaires qu’il y a trois ans. D’autre part, 71 % de ces gens affirment que la raison pour laquelle ils regardent plus de documentaires, c’est qu’il semble aujourd’hui y en avoir davantage qui portent sur des sujets les intéressant.

Or, même si l’auditoire est à la hausse, les gens ont toujours de la difficulté à découvrir des documentaires et à y accéder, ce qui vaut particulièrement pour les documentaires canadiens.

En 2014, Hot Docs a produit un rapport semblable à celui de l’an dernier, qui notait qu’aussi peu que 7 % des gens peuvent facilement trouver et visionner un documentaire canadien. Ce chiffre est seulement passé à 10 % en 2018.

Il ne fait aucun doute que les fausses nouvelles sur les médias sociaux menacent la vérité de façon quasi quotidienne. Cela dit, la croissance que connaît l’auditoire des documentaires depuis peu prouve que le Canadien moyen se soucie autant de connaître la vérité par le biais des documentaires que les réalisateurs de ces films.

Réalisé par Baljit Sangra, le documentaire Avant qu’il ne soit trop tard (v.f. de Because We Are Girls) raconte l’histoire de trois sœurs indo-canadiennes vivant en Colombie-Britannique, qui se préparent à entendre le verdict définitif du procès de leur cousin, lequel les a abusées sexuellement dans leur enfance. Le film a ouvert le festival du documentaire DOXA à Vancouver en mai dernier, et ses quatre projections ont affiché complet.

Ainsi, même si les grands médias d’information à travers le pays subissent de nombreuses mises à pied et compressions budgétaires, il est clair que les Canadiennes et Canadiens accordent toujours autant d’importance aux faits. Par contre, ils recherchent de nouvelles façons d’accéder à ceux-ci. Vu la menace des fausses nouvelles, les gens délaissent progressivement les médias traditionnels et sociaux comme sources d’information, ce qui permet aux documentaires de faire un pas en avant en tant que défenseurs de la vérité. De plus, à mesure que la pertinence et l’importance des films documentaires augmentent, il devient nécessaire d’avoir des discussions sur les façons de revoir les modèles de financement et de distribution, pour ainsi permettre à la riche industrie canadienne du documentaire d’atteindre son plein potentiel.

Restez informé, rejoignez la liste d'envoi des AMIS

Requis

Vous êtes à deux pas de compléter votre profil.

Requis
Requis
Requis
Requis
Requis
Requis
Dans cet article