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L'importance de la représentativité dans les critiques de film

L'importance de la représentativité dans les critiques de film

Écrit par
Savine Wong
le
23 janvier 2019

Sur le plan de la représentation dans les films, il y a des avancées. Par contre, il y a toujours une grande lacune de représentation au niveau des critiques de films dans les médias partout au Canada.

Toronto Reel Asian Film Festival audience

Le public au Toronto Reel Asian Film Festival. Photo : Mike Tjioe Photography

Ayant grandi au Canada, je ne me voyais pas souvent à l’écran. Les cinémas ne programmaient pas de films asiatiques et, même s’ils le faisaient, il n’y avait pas assez de couverture médiatique pour répandre la nouvelle et qu’elle parvienne à mes oreilles. De surcroit, à cause du manque de diversité chez les critiques de films du pays, les discussions portant sur ces films, ou sur les enjeux de représentation en général, étaient, au mieux, feutrées. Malheureusement, cette question n’est toujours pas réglée, ce qui est problématique.

Ces dernières années, la popularité de films tels que Black Panther et Get Out a donné du souffle au mouvement militant pour accroître la diversité des films présentés à l’écran et pour une plus grande représentation médiatique des groupes marginalisés, qui a gagné du terrain en Amérique du Nord. L’été dernier, des films comme Crazy Rich Asians ont ramené cette question à l’avant-plan en suscitant des réactions émotives chez de nombreux auditoires qui voyaient leur culture reflétée à l’écran pour la première fois.

Un fil Twitter viral de Kimberly Yam, l’éditrice de Asian Voices pour le HuffPost, résumait parfaitement ce sentiment. Ces messages, qui nous faisaient visiter les épisodes de racisme vécus dans son enfance qui l’avaient menée à rejeter son héritage – comme, lorsqu’à l’âge de neuf ans, des enfants avaient dit que ses yeux avaient une « forme laide » – jusqu’à l’acceptation et la célébration de cette partie d’elle-même qu’elle haïssait jadis, illustraient la portée de ces films sur le grand public.

Comme Yam, plusieurs personnes qui avaient déjà eut honte de leurs origines se sont reconnues dans Crazy Rich Asians, les aidant ainsi à transformer cette honte en acceptation et en fierté. Le soutien de la communauté pour le film – le premier d’un grand studio hollywoodien avec une distribution essentiellement asiatique depuis The Joy Luck Club en 1993 – lui a permis de se hisser au premier rang du box-office pour son premier week-end en salle, avec des recettes de ventes de billets estimées à 30 millions de dollars et un box-office total de 238 millions de dollars selon les chiffres de décembre 2018.

Si ce film précis a mis au goût du jour la discussion sur la représentativité, depuis quelques années, les choses ont progressé devant et derrière la caméra. Sandra Oh a marqué l’histoire à plus d’une reprise cette année, comme première femme d’origine asiatique nommée pour le prix Emmy d’interprétation féminine dans un premier rôle de télésérie dramatique pour son rôle dans Killing Eve, pour avoir remporté ce prix et le Golden Globe dans la même catégorie, ce faisant, elle est aussi devenu la première actrice d’origine asiatique à remporter plusieurs Golden Globes, et, grâce à sa coanimation des Golden Globes avec Andy Samberg, elle est devenue la première animatrice asiatique de l’un des principaux gala de remise de prix. To All The Boys I’ve Loved Before, porté par l’actrice vietnamienne américaine Lana Candor, a été l’un des films les plus réécoutés sur Netflix, et c’est grâce à ce soutien du public que Netflix a donné le feu vert à une suite. Cathy Yan, la réalisatrice dont le premier film Dead Pigs a gagné en 2018 le prix spécial du jury de Sundance, section drames du monde, pour l’ensemble de la distribution, en plus du prix Fasken Martineau du meilleur film au festival international de films Reel Asian de Toronto, a été repêchée pour réaliser le prochain film de super-héros de Warner Brothers et DC Entertainment Birds of Prey (And The Fantabulous Emancipation of one Harley Quinn), mettant en vedette et produit par Margot Robbie.

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Avec une offre aussi abondante, les critiques demeurent un excellent moyen pour permettre aux films de sortir du lot, en particulier pour ceux dont le budget publicitaire est très limité.

Le vent semble tourner dans la bonne direction

Cependant, le manque de représentativité de la critique cinéma demeure un point sensible. Une étude récente menée par l’initiative pour l’inclusion de USC Annenberg démontrait que sur 19 559 critiques des 100 films américains les plus populaires de 2017, seulement 17,9 pourcent étaient écrites par des gens issus de groupes ethniques sous-représentés, 13,8 pourcent par des hommes sous-représentés et 4,1 pourcent par des femmes sous-représentées. Sur l’ensemble des individus critiques de cinéma, 23,7 pour cent étaient issus de groupes sous-représentés, répartis entre 14,8 pour cent d’hommes sous-représentés et 8,9 pour cent de femmes sous-représentées. Plus fascinant encore, parmi les meilleures critiques désignées par Rotten Tomatoes, les hommes critiques blancs écrivaient vingt-sept fois plus de critiques des grands films que les femmes critiques sous-représentées.

De toute évidence, il y a encore du pain sur la planche.

Ceux qui avancent qu’il n’y a pas de corrélation entre la cote Rotten et le box-office, et que, conséquemment, l’ensemble de la critique cinéma aurait une incidence minime sur l’industrie, sous-estiment le rôle que jouent les critiques pour la découvrabilité des films. Avec une offre aussi abondante, les critiques demeurent un excellent moyen pour permettre aux films de sortir du lot, en particulier pour ceux dont le budget publicitaire est très limité. Ils peuvent aussi présenter aux auditoires des histoires de différentes régions, puisque les critiques peuvent contribuer à révéler les ennuis et l’histoire de différentes cultures, ce qui manque toujours aux films fait en Amérique du Nord.

La couverture médiatique revêt aussi une importance stratégique pour les films présentés aux festivals, appuyant les efforts de marketing pour sensibiliser les auditoires potentiels et pour obtenir une distribution. Searching, le premier long-métrage du réalisateur âgé de 25 ans, Aneesh Chaganty, le premier polar conventionnel moderne mettant en vedette un Asiatique-Américain, John Cho, fut lancé au festival de Sundance en 2018. Soutenu par une brillante campagne médiatique, le film a pu obtenir une entente de distribution de cinq millions de dollars auprès de Sony Pictures Worldwide Acquisitions le soir même de sa première.

Un autre exemple : le deuxième long-métrage du réalisateur thaïlandais Nattiwut Poonpiriya, Bad Genius. Le film thaïlandais le plus rentable de 2017, ayant remporté un nombre record de douze catégories aux 27ième prix nationaux Suphannahong, n’était pas encore distribué au Canada et n’aurait jamais été disponible au public de Toronto si nous ne l’avions pas invité au Toronto Reel Asian International Film Festival l’année dernière. Même si les critiques des grands médias couvrent rarement les films visionnés lors de petits festivals tels que Reel Asian, Bad Genius a néanmoins obtenu une couverture dans les journaux des communautés culturelles. Avec une campagne de presse ciblée qui a sensibilisé le public, le film a été accueilli chaleureusement à Toronto, où il a été présenté à guichets fermés.

Les critiques de films au Canada, dans l’ensemble, ne sont toujours pas représentatifs de la population de notre pays.

Les critiques de film canadiens ne reflètent pas la composition démographique du pays. Le nombre élevé de lancements de films sur les grands écrans à chaque année tient les critiques pleinement occupés, de sorte que les films réalisés par ou visant des groupes sous-représentés passent souvent inaperçus. Même lorsque Cineplex lance une superproduction asiatique telle que Wolf Warrior 2, qui a fracassé les records aux guichets en Chine en 2017, à Toronto, les auditoires sont relativement minces, n’attirant que ceux qui recherchent expressément ce genre de contenu.

Typiquement, les films dans les plus petits festivals, tels que Reel Asian, ne reçoivent aucune critique des médias conventionnels; le personnel et les partenaires à la programmation doivent se démener pour faire connaître le film et trouver des angles uniques à proposer aux médias. L’année dernière, en partenariat avec le festival du film japonais de Toronto, nous avons fait une démonstration en direct de laidō à l’émission matinale de Global pour mousser le film de samuraï Blade of the Immortals.

Les festivals ayant un public fidèle bénéficient d’une certaine couverture médiatique grâce à leur liens communautaires, mais les films visionnés gagneraient si la visibilité était accrue. Si des critiques plus diversifiés couvraient ces films, les conversations sur les histoires et les thèmes présentés prendraient de l’ampleur.

Cela ne veut pas dire que des critiques d’origines diversifiées ne devraient couvrir que des films de leurs propres communautés—ni qu’ils devraient être les seuls à couvrir ces films. La couverture n’est pas nécessaire du fait que la diversité soit un sujet à la mode. Si le contexte et la perspective apportés par ces critiques peuvent approfondir leur travail, le fait d’entendre la pensée et les opinions de différents intervenants—sous-représentés ou non—enrichit la conversation autour d’un film, et le public jouirait de meilleures chances de d’apprendre des choses sur d’autres cultures, et sur nos points communs.

L’appétit du public pour les films qui reflètent les réalités de notre monde est évident, et les critiques jouent un rôle important pour stimuler la conversation qui rejoint ces auditoires. Les médias, surtout ceux de masse, doivent trouver une façon de faire place à ce type de contenu—non seulement parce que le public le désire, mais aussi parce que cela mènera et un monde plus riche, plus compréhensif.

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