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L’importance du journalisme indépendant pour les communautés isolées

L’importance du journalisme indépendant pour les communautés isolées

Écrit par
Riley Yesno
le
12 août 2019

Si ce n’était du journalisme indépendant, grâce auquel le racisme et les injustices à Thunder Bay ont pu être révélés, le reste du pays n’aurait jamais été mis au courant de ces enjeux. C’est pourquoi le journalisme indépendant doit être encouragé dans les communautés laissées pour compte par le journalisme de masse.

A provincial signboard saying "The City of Thunder Bay Population 110 000"

Depuis un certain temps, peu importe où je me trouve au Canada, on me répond par des regards étonnés lorsque j’annonce que je viens de Thunder Bay – des regards qui en disent long sur l’intensité des sentiments qu’entretiennent les gens à l’égard de la ville.

La même affirmation n’aurait pas suscité une telle réaction il y a cinq ans. En peu de temps, la ville de Thunder Bay a attiré l’attention de tout le monde à l’échelle nationale, en plus d’acquérir une forte réputation en matière d’enjeux politiques et sociaux.

Je le crois fermement : ceci est en très grande partie grâce au travail des journalistes indépendants.

Je dis cela, car très souvent, ces regards qu’on me lance à la mention de Thunder Bay s’accompagnent d’affirmations comme : « Ah, c’est bien là que des jeunes autochtones sont constamment en train de mourir, non? J’ai lu quelque chose à propos de ça. » Ou encore : « J’ai écouté un très bon balado qui portait sur Thunder Bay. » Des auteurs et des créateurs comme Tanya Talaga et Ryan McMahon ont contribué à sensibiliser le public aux nombreuses injustices qui ont lieu à Thunder Bay, ce qui a en retour incité des publications canadiennes d’envergure à augmenter leur couverture de la ville – le Globe and Mail, par exemple, est allé jusqu’à y ouvrir un bureau.

Des auteurs et des créateurs comme Tanya Talaga et Ryan McMahon ont contribué à sensibiliser le public aux nombreuses injustices qui ont lieu à Thunder Bay, ce qui a en retour incité des publications canadiennes d’envergure à augmenter leur couverture de la ville.

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J’ai grandi à Thunder Bay; lorsque j’étais enfant, on ne voyait que très rarement – sinon jamais – des nouvelles ou des reportages qui portaient sur le racisme, sur la corruption ou sur tout ce qui tournait mal dans la ville, et ce malgré l’importance de ces enjeux et leur enracinement dans notre communauté. Considérant les sources médiatiques auxquelles j’avais accès à l’époque, cet état des choses me semble aujourd’hui beaucoup plus facile à comprendre.

Pendant très longtemps, les histoires qu’on racontait dans une communauté donnée étaient principalement contrôlées par les médias locaux - c’était avant que l’information numérique ne prenne le dessus et que les médias sociaux permettent à tout le monde de raconter son histoire. Il n’y avait pas de livres écrits sur ces sujets, d’articles diffusés sur toutes les plates-formes ou même de baladodiffusion : il n’y avait qu’une poignée de journaux locaux et de stations de radio.

Grâce à son livre, Seven Fallen Feathers, Tanya Talaga a su attirer l’attention du grand public vers le racisme et l’injustice que subit la population autochtone de Thunder Bay.

Grâce à son livre, Seven Fallen Feathers, Tanya Talaga a su attirer l’attention du grand public vers le racisme et l’injustice que subit la population autochtone de Thunder Bay.

À ce jour, Thunder Bay peine à admettre et à accepter les formes de racisme et de violence qui se perpétuent dans la ville. Le journal local, The Chronicle Journal, publiait récemment un article dans lequel son auteur niait les impacts mortels du racisme à Thunder Bay et faisait de la ville « le bouc émissaire de la nation ».

Malgré le fait qu’il est maintenant plus facile que jamais d’avoir accès à des ressources éducatives portant sur l’histoire coloniale du Canada, et que le public en général est de plus en plus conscient de cette réalité, une grande partie de la population locale considère encore que la manière dont on parle de Thunder Bay dans les médias est injuste et ne représente pas la ville telle qu’elle est réellement. Cette manière de voir les choses est profondément influencée par les nouvelles que les médias locaux choisissent de couvrir.

Je ne suis pas certaine de savoir si les récits des injustices commises à Thunder Bay auraient attiré l’attention comme elles le font aujourd’hui sans la diversification du paysage médiatique qui est en train de prendre racine dans la ville. C’est un exemple parfait de la portée du journalisme indépendant pour les petites communautés isolées ou rurales : sans lui, les nouvelles importantes ne seraient pas racontées, les systèmes de pouvoir auraient plus de chance de ne pas être remis en question et les changements nécessaires auraient lieu à un rythme beaucoup plus lent.

Sans le journalisme indépendant, les nouvelles importantes ne seraient pas racontées, les systèmes de pouvoir auraient plus de chance de ne pas être remis en question et les changements nécessaires auraient lieu à un rythme beaucoup plus lent.

La croissance du journalisme indépendant à Thunder Bay devrait certainement être considérée comme une victoire pour tous ceux qui ont à cœur l’augmentation de l’offre médiatique dans les communautés isolées et rurales, mais c’est la victoire d’une seule bataille et non de toute la guerre : il existe dans toutes les provinces et tous les territoires du pays des villes comme Thunder Bay qui font face à des enjeux cruciaux dont personne ne parle.

Il y a seulement cinq ans, la plupart des gens n’étaient pas au courant des injustices commises dans ce qui est maintenant une des villes les plus tristement célèbres du pays; imaginez donc ce qu’on pourrait découvrir si les cinq prochaines années étaient passées à promouvoir un paysage médiatique qui serait au service de toutes les communautés oubliées par le journalisme de masse.

Ces histoires et ces communautés valent la peine qu’on se batte pour elles.