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Netflix, le vrai problème de Alain Dubuc
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Netflix, le vrai problème de Alain Dubuc

Écrit par
La Presse
Publié par
LA PRESSE
le
31 mars 2018

L’auteur croit que, au delà des enjeux de taxation, l’avenir de la production télévisuelle québécoise passe par changement de paradigme. Le modèle Netflix présente des défis parce qu’il chamboule la façon de consommer la télévision, mais, en investissant dans la production québécoise, elle pourrait désormais rejoindre des auditoires beaucoup plus vastes.

Maintenant que le ministre des Finances Carlos Leitão a signifié très clairement son intention de soumettre à la TVQ les entreprises numériques étrangères, comme Netflix, on va pouvoir parler des vraies affaires.

Le problème avec Netflix, ça n’a jamais été qu’elle perçoive ou pas les taxes de vente. L’exemption dont elle profitait était certes inéquitable pour les entreprises canadiennes, mais les sommes en jeu, autour de 17 millions de TVQ, sont trop insignifiantes pour faire une différence. Le véritable enjeu, qui n’a rien de fiscal, c’est l’impact colossal de ce modèle télévisuel sur les habitudes d’écoute, et par voie de conséquence sur les chaînes de télé, la câblodiffusion, la production et la création télévisuelles.

L’arrivée des plateformes numériques comme Netflix frappe la planète entière, mais elle a un impact particulier chez nous, parce que le Québec avait réussi, jusqu’ici, à protéger sa télévision du tsunami de la mondialisation culturelle. L’intensité de la mobilisation autour de la « taxe Netflix » au Québec, même si elle visait la mauvaise cible, s’explique certainement par cette inquiétude pour l’avenir de notre télévision.

Au cinéma, 85 % des recettes vont à des films américains. La télévision québécoise a réussi à résister à cette déferlante. Fin mars, les 10 émissions les plus écoutées au Québec étaient québécoises. Au Canada anglais, il n’y avait qu’une émission canadienne dans le top 10, les nouvelles de CTV. Le succès québécois ne s’explique pas seulement par la barrière linguistique, puisqu’elle ne joue pas au cinéma, mais bien davantage par l’invention d’un modèle de production original, adapté, avec son propre star système.

Le problème, c’est que la menace ne provient pas d’une concurrence directe – émission contre émission –, ce à quoi notre production est en mesure de résister. La concurrence se fait plutôt par la bande.

Netflix, et d’autres, ont proposé une façon radicalement différente d’écouter des films ou des émissions : pas d’horaires, puisque c’est de la télé sur demande, pas nécessairement de téléviseur, puisqu’on peut se servir de son ordinateur ou de sa tablette, pas de câble, puisqu’on s’abonne directement par internet.

Avec pour résultat qu’un nombre croissant de téléspectateurs délaissent progressivement les chaînes de télévision traditionnelle et que certains se désabonnent du câble. Environ 1,3 million de foyers québécois sont déjà abonnés à Netflix, sans compter les autres plateformes, comme Amazon ou Apple, ou les chaînes spécialisées comme HBO.

Comment résister ? La TVQ ne changera pas les habitudes d’écoute des abonnés Netflix. Les vieilles méthodes, comme imposer du contenu canadien, tomberont à plat dans un monde de liberté de choix. On peut, par contre, concurrencer ces modèles sur leur propre terrain, comme le font, avec un certain succès, le Club Illico de Vidéotron ou Extra Tou.tv de Radio-Canada, quoique le combat est inégal. On peut aussi de soutenir notre production télévisuelle pour faire en sorte qu’elle puisse se servir de ces plateformes internationales comme tremplin.

Pour réussir ce défi, il faut cependant comprendre la nature de ces modèles et pour cela, il faut éviter le piège de la caricature. Le réflexe naturel, ce sera de voir Netflix comme l’un des piliers de l’hégémonie culturelle américaine, qui a tendance à imposer au reste du monde sa culture et sa vision du monde. C’est effectivement un géant, qui impose son modèle d’affaires, mais avec une nuance.

Netflix est un remarquable véhicule pour offrir aux téléspectateurs une très grande diversité de films et de séries, pour donner accès à des productions du monde entier, dans toutes les langues. Pas tant par humanisme qu’à cause de la nature de son modèle d’affaires.

Netflix n’est pas soumise, comme les réseaux traditionnels, aux diktats des cotes d’écoute où le nombre de téléspectateurs à un moment donné détermine les tarifs publicitaires et les revenus.

Les revenus de Netflix viennent de ses abonnements, et donc de sa capacité à augmenter le nombre d’abonnés, de les fidéliser, d’augmenter leurs d’heures d’écoute. Cela force la multinationale à élargir son offre en quantité, en qualité, en variété aussi, si elle veut s’implanter dans de nouveaux marchés. Et comme la plateforme propose des milliers de produits, elle peut offrir aussi des émissions plus ciblées et occuper des créneaux de niche, moins écoutés, mais qui auront leur public, notamment du côté des productions en langue étrangère.

OFFRE VARIÉE

En fouillant un peu sur Netflix, on peut voir la variété de ce qui a été offert ces derniers mois. Des séries allemandes, comme Dark et Babylon Berlin, une série espagnole, La casa de papel, française, La mante, italienne, Suburra, brésilienne, O Mecanismo, mais mais aussi des productions de petits pays, comme la deuxième saison de Occupied, de Norvège, ou Tabula rasa, une série belge flamande.

Pourquoi eux, et pas nous ? Les Québécois ont moins d’obstacles linguistiques à surmonter que les Norvégiens et les Flamands. Le Québec dispose d’une industrie du cinéma et de la télévision développée, tant du côté de la technique que de la création, et réussit, du côté cinématographique, à rayonner au-delà de ses frontières. Il y a déjà beaucoup de tournages étrangers à Montréal, Toronto et plus particulièrement à Vancouver dans le cas de Netflix.

Nous avons donc certainement le potentiel. Et Netflix est en quelque sorte boulimique, en ce sens qu’elle doit acheter ou produire pour élargir son offre et garnir son catalogue, sans même avoir des pressions de la ministre du Patrimoine Mélanie Joly.

Bref, le besoin est là, et le talent est là. Qu’est ce qui manque alors ? Je ne suis pas un spécialiste, mais j’ai l’impression qu’il ne faudrait pas grand-chose, si ce n’est un changement de perspectives et d’attitude pour qu’une production télévisuelle qui s’adresse traditionnellement à une audience québécoise commence à viser plus large.

© La Presse

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