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Nos médias ont besoin de plus de voix autochtones

Nos médias ont besoin de plus de voix autochtones

Écrit par
Riley Yesno
le
07 janvier 2020

En 2019, la couverture médiatique des enjeux autochtones a augmenté, mais la qualité de cette couverture est en grande partie demeurée la même.

Nos médias ont besoin de plus de voix autochtones

Alors que la couverture de la crise climatique a pris davantage de place dans les médias en 2019, les perspectives des peuples autochtones ont pris de plus en plus d'importance.

L’année 2019 a sans conteste été très importante pour la couverture médiatique des voix et des cultures autochtones. De grands médias, tels que le Toronto Star, ont ainsi accueilli dans leurs pages des chroniques portant sur des « enjeux autochtones », et davantage de journalistes autochtones ont rejoint les rangs de plusieurs autres salles de presses canadiennes. Le Globe and Mail a également ouvert un bureau à Thunder Bay afin de proposer une meilleure couverture des événements liés aux Premiers Peuples et se déroulant dans le nord de l’Ontario, et les nouvelles portant sur la lutte aux changements climatiques ont permis de mettre plus souvent en valeur le point de vue de ces Peuples, et tout particulièrement de la jeunesse autochtone.

Néanmoins, la présence autochtone actuelle dans les médias n’est même pas près d’être suffisante. Les voix autochtones ont d’importantes histoires à raconter — certaines d’entre elles ignorées depuis des siècles — et leurs perspectives sur tout ce qui a trait aux événements politiques, sociaux, économiques et environnementaux se déroulant au Canada doivent être abordées avec un regard critique. Il va sans dire qu’une poignée de chroniqueurs et de journalistes haut placés ne sont pas à eux seuls en mesure de traiter de toutes ces questions.

Ceci étant dit, je persiste à croire que, si le nombre de récits autochtones racontés augmente de manière constante, leur qualité ne suit pas la même courbe de progression.

Lorsque je songe aux événements impliquant les Premières Nations qui ont fait les manchettes en 2019 – des événements dont pourraient se rappeler les Canadiens et Canadiennes non autochtones – plusieurs reportages importants me viennent à l’esprit : l’affaire SNC-Lavalin et Jody Wilson-Raybould, le rapport final de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (FFADA) et les injustices à Grassy Narrows en sont trois exemples. Ces événements étaient certes d’intérêt public, mais leur traitement médiatique fut largement déficient, et parfois même carrément irresponsable.

Les femmes autochtones en quête de justice | 18-25 | Élections Canada 2019

L’affaire Jody Wilson-Raybould, qui plus tôt cette année a occupé tous les bulletins de nouvelles pendant plusieurs semaines, a été pour le moins polémique. Des dizaines d’articles ont été publiés par les grands médias sur le scandale SNC-Lavalin (des chroniques d’opinions pour la plupart), mais seulement quelques-uns d’entre eux provenaient de la plume d’auteurs autochtones. Qui plus est, un bref retour en arrière permet de constater que le ton des articles rédigés par des journalistes autochtones est manifestement très différent de celui adopté par les non-autochtones. Du côté des journalistes autochtones, les articles insistaient dans une très large mesure sur l’intégrité des actions de Wilson-Raybould, ainsi que sur le soutien dont elle bénéficiait de la part de sa collectivité, à travers l’ensemble du pays. À l’inverse, du côté des journalistes non autochtones et des innombrables commentateurs qui se sont prononcés sur la question, Wilson-Raybould fut scrutée à la loupe et ses actions furent jugées déloyales ou manipulatrices.

Chaque fois que ce second type de reportages était diffusé, je ne pouvais m’empêcher de m’interroger sur le message véhiculé : une femme autochtone peut occuper l’un des postes les importants au pays, elle peut déclarer qu’elle choisit de rester fidèle aux valeurs que lui ont inculquées les membres de sa communauté et, malgré tout, elle sera tout de même dépeinte d’une manière négative.

En dépit des milliers de pages faisant état de témoignages et d’appels à la justice, l’œil des médias est demeuré fixé sur un seul mot : génocide.

La publication du rapport final de l’Enquête nationale sur les FFADA a donné lieu à ce qui semble être la plus grande couverture médiatique de l’année en ce qui a trait aux communautés autochtones, mais celle-ci a malheureusement été très mal faite. Il y a maintenant des dizaines d’années que les membres des Premières Nations attendent d’obtenir réponse à leurs questions et de recevoir justice pour les violences incessantes que subissent les femmes, les filles et les personnes 2ELGBTQQIA autochtones. La publication de ce rapport représentait donc un moment très important pour toutes les communautés autochtones, mais, en dépit des milliers de pages faisant état de témoignages et d’appels à la justice, l’œil des médias est demeuré fixé sur un seul mot : génocide.

C’est en effet ce mot qui a été le plus souvent utilisé par les médias après la publication du rapport. Le génocide continuel des Peuples autochtones, tout comme la discrimination à la fois intentionnelle et soutenue à laquelle ceux-ci font face, est un fait avéré et indéniable qui s’appuie sur les analyses de nombreux experts. Néanmoins, les médias canadiens ont estimé que ces faits devaient être remis en question et faire l’objet d’un débat.

Des éditoriaux qualifiant l’usage du terme « génocide » d’insultant et d’erroné furent publiés en grands nombres tandis que les témoignages des survivantes et le travail accompli dans le cadre de l’enquête furent mis en doute. Le Toronto Star a même jugé bon de publier un sondage demandant à ses lecteurs de se prononcer sur l’existence d’un véritable génocide des Peuples autochtones. Les voix de nombreux écrivains et collaborateurs autochtones se sont opposées à la négation du génocide en s’élevant notamment contre leurs employeurs.

En 2020, je souhaite que la couverture médiatique autochtone aille au-delà des scandales et des traumatismes en général. Je veux que chaque personne soit capable de se souvenir d’un événement qui ne s’ancre pas dans notre souffrance.

Globalement, la couverture médiatique des récits autochtones – tout particulièrement en 2019 – nous aura légué de nombreuses leçons en plus de nous forcer à faire le point sur les divers aspects à améliorer au cours de la prochaine décennie. Il ne fait aucun doute que nous aurons toujours besoin de plus de collaborateurs et de journalistes autochtones, mais le nombre de chefs de pupitre autochtones doit lui aussi augmenter afin d’assurer que les articles publiés soient justes et bien fondés. Nous ne pouvons laisser aux Canadiens et aux Canadiennes non autochtones le pouvoir de décider lesquels de nos récits méritent d’être racontés, autrement, il est certain que la couverture des vies et des voix autochtones restera exactement telle qu’elle a toujours été.


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En 2020, je souhaite que la couverture médiatique autochtone aille au-delà des scandales, au-delà de la Commission de vérité et de réconciliation, des pensionnats autochtones, au-delà des traumatismes en général. Je veux que chaque personne soit capable de se souvenir d’un événement qui ne s’ancre pas dans notre souffrance.

Il est évident que nous avons progressé à pas de géants entre 2010 et aujourd’hui, mais lorsque le point de départ est aussi loin derrière et aussi médiocre que le nôtre, les pas de géants ne suffisent pas. Les médias doivent absolument faire l’effort de donner voix aux expériences autochtones, là où ces expériences ont besoin d’être entendues – voilà qui est primordial non pas uniquement pour nous, mais aussi pour l’ensemble du Canada.

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