Skip to contentSkip to navigation
Où sont les nouvelles locales à l’ère de Facebook?

Où sont les nouvelles locales à l’ère de Facebook?

Écrit par
Barry Rueger
le
06 août 2019

Vu la disparition des journaux communautaires et le déclin des grands médias traditionnels, la plupart des gens se tournent vers Facebook pour obtenir leurs nouvelles locales, ce qui pose problème en soi.

Où sont les nouvelles locales à l’ère de Facebook?

Le plan de sauvetage pour la presse annoncé par le gouvernement libéral aidera sans doute les acteurs majeurs comme Postmedia ou The Toronto Star, mais il est peu probable que les centaines de petits journaux locaux canadiens en retirent grand-chose. Beaucoup de ces journaux communautaires se voient obligés de réduire leurs activités ou de fermer leurs portes. Ainsi, pour bon nombre de Canadiennes et Canadiens, Facebook est la seule source d’information sur ce qui se passe dans leur localité.

Les districts de North et West Vancouver— ces banlieues du « North Shore » séparées du centre-ville de Vancouver par deux ponts et la baie Burrard — n’échappent pas à ce problème. Bien que les nouvelles issues de notre communauté locale se rendent parfois de l’autre côté de la baie Burrard, la plupart du temps, nous sommes oubliés par les grands médias vancouvérois. Les chaînes de radio et de télévision basées à Vancouver accordent peu d’espace aux nouvelles provenant des banlieues. De plus, il y a trois ans, les quotidiens The Vancouver Sun et The Province du groupe Postmedia ont dû fusionner leurs salles de rédaction, obligeant le personnel restant à rédiger chaque article deux fois, soit une fois pour chaque journal.

Basé à North Vancouver, le tabloïde North Shore News est en activité depuis 1969. Le journal est récemment passé de trois à deux éditions par semaine, et la rumeur veut qu’il ne publiera bientôt qu’une seule édition hebdomadaire. Le North Shore News se concentre désormais sur le lectorat issu des foyers à revenu plus élevé dans West Vancouver et sur la publication d’une édition en chinois.

Le North Shore News est publié dans la municipalité de North Vancouver depuis 1969. Le tabloïde s’est vu obligé de réduire sa fréquence de parution, passant de trois à deux numéros par semaine (North Shore News)

Le North Shore News est publié dans la municipalité de North Vancouver depuis 1969. Le tabloïde s’est vu obligé de réduire sa fréquence de parution, passant de trois à deux numéros par semaine (North Shore News)

Pendant de nombreuses années, le North Shore News avait pour compétiteur un hebdomadaire appelé The Outlook, mais ce journal a été fermé par Glacier Media en 2014. L’année dernière, il a été remplacé par The Global Canadian, un dynamique journal de grand format qui a réussi à distribuer une édition mensuelle l’an dernier, mais qui est depuis devenu entièrement numérique. Par ailleurs, il existe des doutes à savoir si le North Shore News dispose de revenus publicitaires suffisants pour financer deux journaux.

Seul un petit nombre de médias professionnels sont disponibles à North Vancouver, et il est difficile de savoir combien de personnes prennent vraiment le temps de lire les journaux livrés à leur porte. Ainsi, il apparaît que les gens se tournent de plus en plus vers les médias sociaux comme sources de nouvelles locales. Les gens avec un bon sens politique ont tendance à graviter vers Twitter, mais une grande partie de la population obtient ses nouvelles locales à partir de Facebook — ou, plus précisément, Facebook est la plateforme que les gens utilisent pour partager des nouvelles, que celles-ci viennent des médias locaux ou d’autres personnes.

À lire aussi :

Restez informé, rejoignez la liste d'envoi des AMIS

Requis

Vous êtes à deux pas de compléter votre profil.

Requis
Requis
Requis
Requis
Requis
Requis

Jadis, les gens comptaient sur les journaux communautaires pour obtenir leurs nouvelles locales, et il y avait un sentiment de confiance quant à la véracité du contenu. Les individus avaient parfois des points de vue différents, mais ils se renseignaient tous à partir du même corpus d’information. Lorsque Facebook et ses groupes constituent vos seules sources de nouvelles locales, ce sentiment de confiance envers un savoir partagé disparaît, à peu de choses près.

Facebook ne constitue pas une entreprise journalistique, et le géant technologique peine à prouver qu’il offre autre chose que des « fausses nouvelles ». Le nouveau Facebook Journalism Project Community Network offre de petites subventions à 23 groupes afin de « développer une méta-communauté pour les diffuseurs de nouvelles locales ». Au lieu de simplement payer les journalistes pour qu’ils couvrent les nouvelles locales, le projet entend « financer le développement communautaire ».

En dépit de ces nouvelles initiatives et affirmations, Facebook s’avère très peu fiable en tant que source d’informations. Malgré la présence d’algorithmes de plus en plus complexes, et d’une équipe de plus en plus nombreuse d’humains qui supervisent ces algorithmes, le fait demeure que les « nouvelles » publiées sur Facebook peuvent provenir d’à peu près n’importe quelle source, et que les mèmes camouflés sous forme de nouvelles circulent librement. Le problème, c’est que le lecteur moyen n’est pas en mesure de distinguer le vrai du faux.

Pourquoi croit-on les fausses nouvelles?

Un autre choix algorithmique de Facebook vient aggraver le problème : la plateforme décide quelles publications vous voyez et ne voyez pas. Il est possible que vos amis et voisins voient un tout autre ensemble de mèmes et de « nouvelles » que vous, même si leurs champs d’intérêt sont semblables aux vôtres. Si un journaliste ou un diffuseur publie un reportage directement sur Facebook, ces derniers auront très peu de contrôle sur qui verra leur publication. Lorsque le North Shore News distribue un journal papier rempli de dépliants à toutes les maisons du North Shore, l’organe a la certitude que chaque individu aura la chance de lire les nouvelles publiées. Or, si le journal publiait les mêmes informations sur Facebook, il lui serait impossible de savoir quelles personnes auraient la chance de les lire et même de déterminer comment Facebook prend cette décision.

L’an dernier, Adam Mosseri, le chef du fil d’actualité de Facebook, a décrit les modifications algorithmiques apportées au fil d’actualité comme suit : « L’espace est restreint dans le fil d’actualité, et en vous montrant davantage de publications provenant de vos amis et de votre famille, de même que des nouvelles qui alimenteront les discussions, cela signifie que vous verrez moins de contenu public, y compris les publications provenant d’entreprises ou d’éditeurs. » Si vous êtes un organe de presse, votre nouvelle de dernière heure a moins de chances d’apparaître dans le fil d’actualité d’une personne que la photo de sa tante Gladys.

Si vous êtes un organe de presse, votre nouvelle de dernière heure a moins de chances d’apparaître dans le fil d’actualité d’une personne que la photo de sa tante Gladys.

Les éditeurs sont certes handicapés par Facebook, mais les groupes communautaires rencontrent aussi des difficultés quand vient le temps de s’assurer que leurs informations et pages atteignent les personnes qui en ont le plus besoin. L’outil de recherche de Facebook est peu efficace pour trouver du contenu local. En outre, beaucoup de groupes qui tentent de jouer un rôle actif dans la vie à North Vancouver restreignent leur lectorat en refusant l’accès à leurs pages, dans le but d’empêcher la présence de trolls et d’éviter les abus en ligne.

Au sein des groupes locaux, la qualité et l’exactitude des informations publiées varient considérablement. Les gens qui gèrent ces groupes et les membres qui y font des publications ne sont pas des journalistes formés. Toute vérification des faits relève d’un membre bénévole du groupe, qui doit faire des recherches sur les affirmations présentées et publier les corrections qui s’imposent.

L’ancien vice-président, Adam Mosseri, a défendu les changements d’algorithmes dans le fil de nouvelles de Facebook en affirmant que les utilisateurs verraient davantage de publications de leurs amis et de leurs familles « ainsi que des mises à jour qui provoquent la discussion », en revanche, ils seraient moins exposés à celles de médias d’information ou d’entreprises.

L’ancien vice-président, Adam Mosseri, a défendu les changements d’algorithmes dans le fil de nouvelles de Facebook en affirmant que les utilisateurs verraient davantage de publications de leurs amis et de leurs familles « ainsi que des mises à jour qui provoquent la discussion », en revanche, ils seraient moins exposés à celles de médias d’information ou d’entreprises.

Les petits journaux locaux sont confrontés à un autre défi. Bien que The Globe and Mail, The Toronto Star et même CBC/Radio-Canada soient aux prises avec des budgets serrés et des réductions de personnel, ces médias jouissent toujours d’une réputation et d’une portée nationales. Ce sont eux qui définissent l’ordre du jour en matière d’actualité. Malheureusement, le fait d’avoir une portée « nationale » signifie que les nouvelles provenant des neuf ou dix plus grandes villes au pays sont diffusées, et qu’il n’y a à peu près aucune couverture de ce qui se passe dans les banlieues, les petites villes et les milieux ruraux, qui étaient jadis desservis par les publications communautaires.

Les médias locaux sont désavantagés, car la réputation nationale des géants médiatiques signifie que les nouvelles provenant de ces derniers apparaîtront probablement sur votre page Facebook avant ou à la place des nouvelles qui viennent de votre quartier.

Les médias locaux sont désavantagés, car la réputation nationale des géants médiatiques signifie que les nouvelles provenant de ces derniers risquent d’apparaître sur votre page Facebook avant les nouvelles de votre quartier, voire à la place de celles-ci.

La bouée de sauvetage pour la presse bénéficiera certainement aux grands journaux, mais le fait de renforcer ces organes pourrait contribuer davantage à la disparition des médias locaux.

Dans cet article