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Quel est l’avenir des médias de service public?

Quel est l’avenir des médias de service public?

Écrit par
Jesse Hirsh
le
27 mars 2019

Jesse Hirsh affirme qu’il faut élargir notre conception des médias de service public, et examine leur rapport à la démocratie.

Quel est l’avenir des médias de service public?

Les pierres angulaires de la démocratie sont la liberté de parole, la liberté d’expression et la liberté de réunion, toutes trois favorisées par un système médiatique libre et ouvert. Une société démocratique ne peut pas être plus forte et plus vive que ses médias.

Dans un pays aussi vaste que le Canada, nos médias nous rassemblent, bien plus que nos places publiques ou que nos espaces physiques partagés. Plus particulièrement, nos médias de service publics nous permettent de nous considérer comme un seul pays, et comme un ensemble de cultures partagées. Le sort des médias de service public canadiens devrait donc tous nous préoccuper vivement, surtout à la lumière des perturbations substantielles que les médias numériques ont occasionnées à notre système médiatique traditionnel.

Nous avons actuellement une conception étroite de ce que sont, ou de ce que devraient être, les médias de service public, une conception qu’il faut élargir pour répondre à la fois à notre présent numérique et à notre futur automatisé. Au lieu de faire une distinction entre les médias traditionnels et les médias numériques, nous devons étendre notre compréhension des médias de service public au delà de la radio et de la télévision pour comprendre tous les modes de communication. Par exemple, est-ce la technologie des boîtes vocales pourrait être réaffectée afin de devenir un media de service public à la murmur? Que diriez-vous d’un service de messagerie texte qui faciliterait l’accès des communautés éloignées à des nouvelles numériques personnalisées? Ou encore des applications de réalité augmentée qui favorisent les apprentissages sur les histoires et les cultures autochtones? Ce ne sont que quelques exemples de façons dont les médias de service public pourraient transcender leurs définitions actuelles.

Quel est l’enjeu? La démocratie. Et, pour que la démocratie évolue et gagne en force, nous avons besoin que les médias de service public, eux aussi, évoluent et gagnent en force.

Un des problèmes principaux de notre régime actuel de médias de service public, c’est qu’il n’est pas démocratique. Notre radiodiffuseur public est plutôt géré comme n’importe quelle autre société de radiodiffusion, bien qu’avec une modeste attention pour l’intérêt public et le verni de la responsabilité publique. Les gens à la tête du radiodiffuseur public sont choisis en fonction de leur expérience dans les médias privés et de leur habileté à traduire les valeurs et les normes des médias privés pour les appliquer à l’institution publique.

Nos médias de service public nous permettent de nous considérer comme un seul pays, et comme un ensemble de cultures partagées.

L’absence de démocratie au sein des médias ne se limite pas aux médias de service public—c’est un problème au sein de presque tous les organismes médiatiques. Prenez Facebook, probablement la plus grande société humaine de l’histoire, comptant plus de deux milliards d’usagers mensuels actifs, et pourtant c’est une tyrannie, une dictature, dont Mark Zuckerberg est à la fois PDG et actionnaire majoritaire.

C’est une grave erreur de s’imaginer que la gouvernance d’un organisme médiatique n’a pas d’influence sur la gouvernance de la société. Comment se prennent les décisions et qui les prend, voilà un exemple de gouvernance d’organisme médiatique. Les histoires choisies par ce processus de gouvernance influencent directement la façon dont la société se perçoit. Les citoyens devraient pouvoir se prononcer et contribuer, non seulement en ce qui a trait à leurs gouvernements, mais aussi à leurs médias, qu’ils soient ou non des services publics.

Voilà en partie pourquoi le deuxième problème des médias de service public contemporains, c’est qu’ils ne sont pas participatifs. L’internet a introduit une nouvelle ère des médias participatifs, et le diffuseur public n’a pas su, ou n’a pas voulu, s’adapter.

Si le média de service public doit être démocratique, il faut mettre en place des mécanismes pour la participation du public. Certes, ils sont présents de manière superficielle grâce aux commentaires des lecteurs ou aux tribunes libres, mais ils peuvent et devraient s’étendre à tous les aspects de la création et de la distribution. Compte tenu des technologies disponibles, il n’y a aucune raison de ne pas pouvoir accommoder une plus grande inclusion et une plus grande participation et, plus encore, qu’elles soient considérées comme de véritables sources d’innovation et d’authenticité. Prenez, par exemple, les réunions de contenu éditorial auxquelles s’adonnent régulièrement la plupart des organismes médiatiques afin de déterminer ce qui sera couvert et ce qui est important. Ces réunions pourraient être rendues disponibles en ligne — pour assister, mais aussi pour participer.

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Toutefois, la démocratie et la participation ne suffisent pas; le vrai potentiel pour les médias de service public, c’est de passer aux médias autonomes — des médias réellement indépendants, libres de faire ce qu’ils souhaitent, de partager ce qu’ils souhaitent, et d’opérer comme ils le souhaitent. Ceci inclut non seulement ce à quoi ils s’intéressent, mais aussi comment ils s’y intéressent et quel est leur modèle d’affaire.

Une société démocratique n’est pas monolithique; elle prospère en réponse à une diversité de perspectives et de voix. La seule manière d’y parvenir est d’encourager et de soutenir les médias autonomes qui ont l’indépendance et l’aptitude de parler franchement à ceux qui sont au pouvoir et d’articuler les divers besoins d’un public diversifié.

Il doit y avoir une saine compétition entre les entités médiatiques, il faut prévenir les monopoles et la concentration de pouvoir, et plutôt assurer qu’il y ait des alternatives viables et une compétition durable. Peut-être qu’à la place du seul modèle de diffuseur public, il devrait y a voir une constellation d’institutions médiatiques de service public offrant un large éventail de programmation et d’opportunités auxquelles les citoyen pourraient prendre part.

Le média de service public fournit l’infrastructure culturelle qui définit le pays. Dans une société démocratique, voilà qui est crucial et essentiel afin d’assurer que tous les citoyens aient accès aux débats nécessaires, aux conversations et à l’information.

Cependant, à l’ère numérique, nous devons reconnaître que cette infrastructure s’est détournée de la télévision et de la radio pour s’intéresser aux medias sociaux. comme Twitter, Facebook, Reddit et d’autres plateformes plus faciles d’utilisation et plus sensibles aux besoins et aux désirs du public.

Le pouvoir que ses plateformes détiennent et le service essentiel qu’elles offrent ne devraient pas être réservé au secteur privé et aux annonceurs. Plutôt, si nous considérons ces installations comme des infrastructures essentielles dans une société démocratique, il devient évident qu’il faut les réintégrer dans un modèle de médias de service public. Cela ne veut pas dire que ces grandes compagnies étrangères devraient être reprises par le gouvernement, mais plutôt que la fonction et les capacités qu’elles offrent devraient être émulées et adoptées au sein de notre notre système élargi de médias de service public.

L’internet a introduit une nouvelle ère des médias participatifs, et le diffuseur public n’a pas su, ou n’a pas voulu, s’adapter.

Un des problèmes auxquels ces plateformes sont confrontées et que les médias de service public devraient aborder est l’enjeu plus vaste de la modération et de la supervision du contenu, ce qu’ils sont probablement bien placés pour faire. Les normes et les valeurs qui influencent ce qui est un contenu acceptable ou inacceptable ne devraient pas être laissées à des compagnies étrangères, mais devraient refléter les gens qui participent.

Quoi qu’il en soit, les questions ne se limitent pas à la modération et à l’orientation du contenu, mais de façon plus vaste aux modèles de gouvernance des médias. Une société démocratique requiert des médias démocratiques qui sont le produit de modèles de gouvernance démocratiques. La démocratie ne tient pas au seul fait de voter aux quatre ans, mais plutôt de participer à la prise de décisions et à l’édification de la société. Cette prise de décisions et cette édification passent par nos systèmes médiatiques. Donc, la manière dont les médias se gouvernent influence directement la manière dont la société se gouverne.

Si les organismes médiatiques sont gérés de manière autoritaire, et que le personnel n’a pas son mot à dire sur le déroulement et la sélection des histoires, en quoi ses histoires pourraient-elles promouvoir ou renforcer la démocratie? Ne serviraient-elles pas alors à promouvoir et renforcer les idées de ceux qui détiennent et qui contrôlent les médias? Les utilisateurs de médias, qu’on appelle sinon des citoyens, devraient avoir le pouvoir et la capacité d’influencer les institutions qui font partie de l’environnement médiatique de service public.

Il incombe donc aux régulateurs de veiller à ce que système médiatique de service public existe, et qu’il opère selon les principes démocratiques. Ils seraient les surveillants, représentant le peuple et une partie du gouvernement, pour veiller à ce que les médias de service public s’épanouissent et prospèrent.

Le CRTC a traditionnellement fait partie de ce processus et pourtant, historiquement, il a été réticent à faire preuve d’initiative ou à étendre son mandat. Pour que la démocratie prospère, nous aurons besoin d’un nouvel organisme de réglementation qui se considère au service des citoyens — non de l’industrie, et non des consommateurs.

Bien entendu, rien de tout cela n’arrivera pas sans actions du public. Le public doit désirer et exiger un tel système. Le public doit désirer et exiger une plus grande démocratie.

C’est peut-être une déclinaison de l’oeuf ou la poule. Qu’est-ce qui vient en premier: un système de médias de service public plus fort qui favorise une plus grande participation du public, ou plus grande participation du public qui favorise un système de médias de service public plus fort?

Peut-être que les deux doivent émerger simultanément et se servir l’un de l’autre afin d’atteindre leurs objectifs.

Nous luttons pour notre culture et notre démocratie. Ralliez-vous à la cause.