Skip to contentSkip to navigation
Quelles solutions pour soutenir les médias québécois?

Quelles solutions pour soutenir les médias québécois?

Écrit par
Marie-Ève Martel
le
20 août 2019

Alors que Québec s’apprête à tenir des consultations sur l’avenir des médias d’information, Marie-Ève Martel propose des pistes de solution pour contrer les effets de la crise qui secoue nos médias et préserver l’accès à l’information pour l’ensemble de la population.

Quelles solutions pour soutenir les médias québécois?

Aux prises depuis quelques années avec un exode colossal de leurs revenus, les médias d’information cherchent à se réinventer dans l’optique de renouer avec la rentabilité, mais surtout, pour ne pas disparaître. Est-ce là une mission impossible? La réponse à cette question demeure encore à ce jour hypothétique. Mais un constat s’impose toutefois : la survie des médias québécois, à court terme, ne dépend pas uniquement de ceux-ci, mais du soutien que leur apporteront des communautés entières.

L’accélération de l’extinction des médias québécois est le fruit d’une série de facteurs qui, au fil des années, n’ont fait que s’accentuer pour donner lieu à la situation dont nous sommes témoins aujourd’hui.

En effet, depuis quelques années, bon nombre d’annonceurs ont préféré se tourner vers des solutions publicitaires numériques, comme Google et Facebook, si bien qu’aujourd’hui, ces plateformes et leurs semblables accaparent 80% de tous les investissements publicitaires en ligne au Québec et au Canada, y compris les publicités gouvernementales qui s’y trouvent dans une proportion avoisinant les 50%, parfois même plus.

De plus, le projet de loi 122, adopté en 2017, permet désormais aux municipalités et villes de retirer leurs avis publics des journaux pour ne les diffuser que sur leur site Internet. Les économies engendrées représentent moins de 1% des budgets globaux des villes, alors que pour les journaux, elles couvrent l’équivalent du salaire d’un, deux, voire de plusieurs journalistes.

Les achats d’espaces publicitaires effectués par l’État québécois auprès des géants du Web ont bondi de 2,8 millions de dollars en 2016-2017 à 6,1 millions de dollars en 2017-2018. Du côté d’Ottawa, en 2017-2018, l’Agence de coordination a investi plus de 18 millions de dollars en publicité numérique, soit 65% des dépenses qu’elle a effectué au nom des ministères et organismes du gouvernement fédéral.

Les achats d’espaces publicitaires effectués par l’État québécois auprès des géants du Web ont bondi de 2,8 millions de dollars en 2016-2017 à 6,1 millions de dollars en 2017-2018. Du côté d’Ottawa, en 2017-2018, l’Agence de coordination a investi plus de 18 millions de dollars en publicité numérique, soit 65% des dépenses qu’elle a effectué au nom des ministères et organismes du gouvernement fédéral.

Par ailleurs, comme une très grande majorité des reportages se trouvent gratuitement en ligne, les entreprises de presse ont de moins en moins de revenus tirés de la consommation de leurs contenus. Une étude datant de 2018 a révélé que moins d’un Canadien sur dix payait désormais pour s’informer.

Résultat : les médias continuent de produire des nouvelles à grands frais, mais ne bénéficient plus de retour sur leur investissement en abonnements, publicités et annonces diverses pour financer leurs activités.

La crise des médias d’information est non seulement une atteinte au droit du public à une information juste, vérifiée et véritable, mais une attaque à un pilier de la démocratie.

Restez informé, rejoignez la liste d'envoi des AMIS

Requis

Vous êtes à deux pas de compléter votre profil.

Requis
Requis
Requis
Requis

Il n’y a donc rien d’étonnant que près d’une cinquantaine de journaux hebdomadaires, quelques médias numériques et stations de radio ont mis la clé sous la porte, seulement au Québec au cours des sept dernières années. Sans compter que de nombreux autres médias sont susceptibles de les imiter si rien n’est fait pour renverser la tendance.

Les difficultés des journaux régionaux

La disparition des médias, et donc de la diversité des sources d’information qui permettent au public de se faire une tête sur une pluralité d’enjeux, est particulièrement inquiétante parce que de plus en plus de contenus erronés ou trompeurs se retrouvent sur Internet.

La crise des médias d’information est donc non seulement une atteinte au droit du public à une information juste, vérifiée et véritable, mais une attaque à un pilier de la démocratie. Car, par sa définition même, le droit du public à l’information sous-entend que cette information est un bien public. Qui dit bien public dit qu’il est de la responsabilité de tous d’œuvrer à sa sauvegarde et à sa pérennité.

À compter du 26 août 2019, le gouvernement du Québec entamera des consultations publiques dans le cadre de sa commission parlementaire sur l’avenir des médias d’informations.

À compter du 26 août 2019, le gouvernement du Québec entamera des consultations publiques dans le cadre de sa commission parlementaire sur l’avenir des médias d’informations.

À Québec d’agir

Mieux vaut tard que jamais, veut l’adage.

Au cours de la dernière année, la classe politique a réalisé l’urgence d’agir et a entrepris des démarches pour venir en aide aux médias.

C’est en ce sens que le gouvernement fédéral a prévu une enveloppe de 595 millions de dollars sur cinq ans pour soutenir les médias via trois crédits d’impôt, soit sur la masse salariale des salles de rédaction, pour les abonnements numériques à des médias d’information canadiens ou pour des dons de charité aux médias d’informations constitués en organismes à but non lucratif. Les critères d’attribution de cette aide ayant été déterminés au cours de l’été, on peut s’attendre à ce que les premiers chèques soient envoyés aux médias au cours des prochains mois, en espérant qu’il ne soit pas trop tard pour certains…

C’est aussi dans cette lignée que le gouvernement provincial du Québec tiendra, à la fin août, une commission parlementaire sur l’avenir des médias québécois, plus précisément dans l’optique de préserver le droit du public à l’information. Une commission qui pourrait mener à la mise en place de mesures soutenant les médias d’information. Mais lesquelles?

À lire aussi :

Déjà, en soumettant les GAFA à la taxe de vente provinciale et en adoptant une aide budgétaire de 64,7 millions de dollars sur cinq ans pour soutenir les médias de la presse écrite dans leur virage numérique, le gouvernement du Québec avait fait un pas dans la bonne direction.

De plus, rappelons que l’Assemblée nationale a adopté unanimement une motion pour retourner à des investissements plus importants dans les médias d’information québécois. Il s’agit d’une autre mesure pouvant soutenir ces derniers sans toutefois influencer l’indépendance journalistique dont ils ont besoin pour bien s’acquitter de leur tâche.

Mais quoi encore?

Au terme de la commission parlementaire, Québec pourrait également emboîter le pas à Ottawa en instaurant des crédits d’impôt sur la masse salariale des médias, une manière de financer la production d’information sans s’ingérer dans le processus éditorial. Dans le secteur culturel, de tels crédits d’impôt sont déjà en place pour les travailleurs des industries du cinéma et de la télévision, du spectacle et de l’édition de livres, par exemple. Comme les médias d’information locale remplissent une fonction culturelle dont la valeur est largement reconnue, ils devraient pouvoir bénéficier d’une telle mesure qui ne nécessiterait pas la création d’une nouvelle structure, mais simplement l’élargissement de celle-ci.

Aucune de ces mesures ne connaîtra de succès à long terme si rien n’est fait pour réintéresser le public à l’information. C’est pourquoi Québec devrait voir à soutenir financièrement l’éducation aux médias.

Pour assurer la production de reportages d’intérêt public, le gouvernement pourrait aussi mettre sur pied un fonds qui financerait, sur appel de projets, la création de contenus dans les différentes régions du Québec. À l’heure actuelle, plusieurs médias n’ont plus les moyens de financer des enquêtes ou de libérer un journaliste pour les mener à temps plein. Ce fonds pourrait être alimenté par plusieurs ministères, mais aussi par diverses associations et organisations privées qui le désireraient. À l’image du Fonds québécois en journalisme international, celui-ci pourrait être administré par un organisme indépendant à but non lucratif.

Or, aucune de ces mesures ne connaîtra de succès à long terme si rien n’est fait pour réintéresser le public à l’information. C’est pourquoi Québec devrait voir à soutenir financièrement l’éducation aux médias. La population toute entière, jeunes, adultes, aînés, et aussi les élus, gagneraient à comprendre de quelle manière est produite une information fiable, vérifiée et de qualité, de même qu’à apprendre comment consommer cette information et à la distinguer des fausses nouvelles. C’est ainsi que les médias d’information professionnels et sérieux pourront regagner leurs lettres de noblesse auprès d’un large pan de la population québécoise qui les ont délaissés au fil des années.

Oui nous POUVONS sauver les médias locaux !

Les pistes de solution proposées ci-haut n’assureraient peut-être pas à elles seules la survie de tous les médias d’information du Québec, mais elles permettraient à tout le moins de garantir aux Québécoises et aux Québécois une diversité de sources suffisantes pour être adéquatement informés.

Sans médias d’information, les Québécois ignoreraient ce qui se passe dans bon nombre de régions. La perspective que la province toute entière, à l’exception de sa capitale et de sa métropole, devienne un immense désert médiatique est un scénario plus que probable si rien n’est fait pour soutenir les entreprises de presse québécoises.