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RAD : laboratoire de journalisme à l’ère numérique

RAD : laboratoire de journalisme à l’ère numérique

Écrit par
Johanne Lapierre
le
05 novembre 2019

Rad est un laboratoire de journalisme qui décortique l’actualité et les grands enjeux de l’heure pour un public qui, ayant quelque peu abandonné les médias traditionnels, se retrouve de plus en plus en ligne. Johanne Lapierre raconte comment et pourquoi Radio-Canada a décidé de mettre ce projet sur pied.

RAD : laboratoire de journalisme à l’ère numérique

En vue des élections fédérales 2019, l’équipe de Rad a produit 25 capsules pour éclairer son auditoire sur les enjeux de l’heure ainsi que sur le fonctionnement de notre système électoral.

En novembre 2016, je me lançais dans une nouvelle aventure professionnelle. J’étais sélectionnée pour codiriger un groupe multidisciplinaire (journalistes, designer, développeur web) au sein d’un nouveau laboratoire de journalisme radio-canadien. La mission confiée par nos patrons : rejoindre une nouvelle clientèle, les fameux milléniaux, qui délaissent les plateformes traditionnelles pour s’informer. Et les rejoindre où ils ont migré pour s’abreuver de nouvelles, soit sur les médias sociaux. Une mission dans l’air du temps, alors que de nombreux médias publics dans le monde cherchent des moyens de demeurer pertinent pour les nouvelles générations.

Lorsque notre petite équipe de départ a été réunie, tout restait à écrire, à créer. La forme privilégiée pour communiquer l’information, le ton, la stratégie de diffusion. Nos patrons ont eu l’audace de confier à un groupe de jeunes travailleurs le mandat de créer de l’information à leur image, à leur façon, et le tout… avec un petit défi supplémentaire! Le trio nommé à la tête de ce projet conjoint des départements de l’information et du numérique provenait de trois milieux différents : une stratège venant du milieu des agences de publicité, un chef numérique issu du milieu du jeu vidéo, et moi, du secteur de l’information, radio-canadienne depuis plus de 15 ans.


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Une certaine période d’adaptation fut nécessaire pour que nous apprenions tous à parler le même langage. L’équipe journalistique s’est familiarisée avec des concepts tels que les valeurs de marque, et l’équipe créative a appris à connaître les réalités du métier de journaliste, tout en apprivoisant les normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada. Et ce projet, nous l’avons vraiment créé en équipe. J’estime d’ailleurs qu’une grande part du succès de Rad prend racine dans cette rencontre de différents milieux, qui nous a forcés à remettre nos certitudes en question, de part et d’autre.

Pour revenir aux débuts du projet, nous avons dans un premier temps identifié et partagé avec le reste de l’équipe tout ce qui nous plaisait en ligne, autant en information qu’en divertissement, sur les différents médias sociaux. Notre stratège – ma grande complice Gigi Huynh – a épluché de nombreuses études sur les habitudes de consommation en ligne des milléniaux.

De cet exercice sont ressortis des constats. Premièrement, sur la cible. Bien qu’ils en constituent une forte majorité, les milléniaux ne constituent pas à eux seuls tout le groupe dont les habitudes de consommation d’information ont changé. Ainsi, nous avons préféré choisir une cible plus large, plus inclusive, qui ne se limite pas à une seule tranche d’âge. Nous avons donc décidé de nous adresser à ce que nous appelons le « citoyen numérique », soit des individus dont la consommation de contenus se passe principalement en ligne.

Devant l’abondance des contenus d’information disponibles, plusieurs se sentent un peu perdus, dépassés. Ils manquent de contexte pour mettre les manchettes qu’ils consultent en perspective.

Autre constat : l’information qui se rend à ces citoyens numériques est en compétition contre une mer de contenus. L’info se glisse entre des photos de voyage d’amis, des vidéos virales, des mèmes, des tutoriels, des vidéos d’influenceurs, des publicités personnalisées, etc. Et l’offre en ligne abonde, elle est infinie, et de qualité. Tous peuvent choisir en un clic de plutôt se lancer dans l’écoute en rafale d’une série, ou d’aller flâner sur un site d’achat en ligne. Pour se démarquer, l’information que nous allions présenter devrait donc non seulement être pertinente, mais aussi attrayante. La créativité et le design ont rapidement été identifiés comme des éléments importants pour nous aider à transmettre l’information.

Par ailleurs, devant l’abondance des contenus d’information disponibles, nous avons constaté que plusieurs se sentent un peu perdus, dépassés. Ils manquent de contexte pour mettre les manchettes qu’ils consultent en perspective. C’est ainsi qu’est née l’idée de ce que nous appelons nos « parcours journalistiques », soit l’idée de faire plusieurs contenus sur un même sujet. Nous allions ainsi pouvoir mettre un sujet en contexte dans des vidéos explicatives de type « la base », et ensuite aller incarner ce sujet sur le terrain, ou encore dans une expérimentation.

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Nous avons donc fait le pari de prendre le temps de bien expliquer ou incarner les choses, en allant chercher différents types de personnalités avec des formats qui peuvent plaire à différents types d’individus. Aussi, une personne pourrait par exemple passer directement au deuxième contenu d’une série si elle est déjà bien au fait du sujet. Et une personne qui sera accrochée par l’une de nos expérimentations sera peut-être curieuse d’aller voir les autres vidéos de la série, sur lesquels elle n’aurait peut-être pas cliqué de prime abord.

En outre, le web nous donne un luxe en matière de durée. Pour nos vidéos, nous sommes libérés des contraintes de temps qu’exige la télévision. Nous avons défié l’idée préconçue selon laquelle les vidéos se doivent d’être courtes sur Internet. Quand c’est intéressant, les gens écoutent. Il faut juste trouver le bon contenu, de la bonne durée, sur la bonne plateforme.

Finalement, élément fort important : le ton. Nous avons choisi d’adopter un ton accessible, près de la personnalité de nos journalistes. Entendons-nous, l’emploi des mots justes et d’un bon français demeure primordial, mais nous adaptons un ton plus familier. Cela permet de créer un lien de confiance avec l’auditoire, qui perçoit une plus grande authenticité, comme si un ou une ami(e), ou encore une personne de confiance de son entourage lui expliquait quelque chose.

Nous avons ainsi lancé Rad au printemps 2017, en présentant des séries de reportages sur des sujets dans l’air du temps, mais aussi en prenant des sujets marquants dans l’actualité, en tentant de les rendre accessibles.

L’information doit maintenant aussi être pensée pour le Web, comme elle l’est pour la télévision ou la radio. C’est un canal de plus, avec son propre langage.

Nous avons par exemple emprunté des codes bien connus sur le Web pour créer une offre spéciale pendant la campagne électorale de 2018 au Québec. Un peu à l’image des programmes de remise en forme en ligne, du genre « défi 30 jours pour raffermir vos abdos », nous avons créé le « 23 contenus en 23 jours pour voter de façon éclairée ». Via une infolettre, les abonnés recevaient chaque jour de la semaine (du lundi au vendredi) des contenus aux formats variés pour en apprendre davantage sur les positions des partis sur différents enjeux.

La réception du public a été remarquable. Je ne compte plus les messages de personnes disant qu’ils ne s’intéressaient pas à la politique, et qu’ils ont suivi la campagne cette fois-ci grâce à nos contenus. Ce fut vraiment un moment où j’ai ressenti que nous réalisions pleinement notre mandat de diffuseur public. Notre programme électoral a d’ailleurs remporté plusieurs prix, dont le Grand Prix Boomerang 2018, et nous avons repris le concept pour la campagne fédérale de 2019 avec nos « 25 contenus en 25 jours ».

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Au final, pour faire de l’information pensée pour le numérique, qui en emprunte les codes, le style et le rythme, il faut en consommer, bien connaître ce qui s’y produit. Ceci dit, à Rad, nous nous inscrivons dans une offre globale d’information qu’est celle de Radio-Canada. Nous ne prétendons pas que ce que nous faisons doit devenir la norme en information. Il y a encore tout un public au rendez-vous pour l’offre d’information dite plus traditionnelle, qui est toujours essentielle et on ne peut plus pertinente. L’information doit maintenant aussi être pensée pour le Web, comme elle l’est pour la télévision ou la radio. C’est un canal de plus, avec son propre langage. Et la réponse du public, le taux d’engagement que nous voyons sur nos publications nous montrent bien qu’il y a une demande. Une demande à laquelle les médias publics gagnent à répondre pour rejoindre les nouvelles – et prochaines – générations.

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