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Un défi pour le journalisme canadien : derrière chaque histoire de traite des personnes, se cache l’histoire d’une personne

Un défi pour le journalisme canadien : derrière chaque histoire de traite des personnes, se cache l’histoire d’une personne

Écrit par
Cora-Lee McGuire-Cyrette
le
22 février 2019
Un défi pour le journalisme canadien : derrière chaque histoire de traite des personnes, se cache l’histoire d’une personne

Photo: Andrew Neel

ONWA se réjouit que le 22 février marque la Journée de sensibilisation à la traite des personnes en Ontario parce qu’il est important de mettre un lumière un enjeu qui est ignoré et méconnu depuis trop longtemps.

Les récits de courage, d’initiative et de résilience des femmes autochtones sont pratiquement absents du discours public canadien, mais les médias ont l’opportunité de changer la perception du public. Les femmes autochtones sont ciblées, elles ne sont pas vulnérables.

Le fléau de la traite des personnes, et ses lourdes conséquences sur les femmes et les filles autochtones, est à la fois une actualité locale et une honte nationale. Aucune collectivité des Premières nations, ni collectivité autochtone urbaine, n’a échappé à la violence qui découle directement des politiques de colonisation comme la Loi sur les Indiens ou les pensionnats indiens, pour n’en citer que quelques unes.

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Quand les histoires de traite des personnes, qui touchent le cœur même des communautés et des familles autochtones, ne sont pas rapportées adéquatement par les médias locaux et nationaux, la violence continue et l’illégalité s’implante dans la trame même du quotidien. La faible couverture médiatique des défis systémiques que doivent affronter les femmes et les filles autochtones jette une ombre sur l’omniprésence de la traite des personnes et, inévitablement, nuit au travail de prévention et de protection à ce chapitre.

L’Association des femmes autochtones de l’Ontario (ONWA) un organisme à but non lucratif œuvrant en Ontario pour soutenir et conférer des pouvoirs aux femmes autochtones et à leurs familles. À titre d’organisme pour femmes autochtones, ONWA ne choisit pas sur quels enjeux travailler. Lorsque des femmes autochtones signalent à ONWA qu’il faut remédier à la traite des personnes, ONWA tend l’oreille et pose des gestes afin de remédier à la traite des personnes.

L’Ontario est une des plaques tournantes de la traite des personnes au Canada. Les femmes et les filles autochtones sont surreprésentées dans la traite des personnes et l’exploitation sexuelle parce qu’elles sont particulièrement ciblées – ciblées parce qu’elles sont femmes et parce qu’elles sont autochtones. L’absence d’interrelation et le message « d’altérité des femmes autochtones » ont engendré une communauté nationale irresponsable. Il est plus facile de dire que ce qui leur arrive est de leur faute. La pauvreté, l’isolement et la violence ont créé une situation qui devrait être soulignée par les médias et abordée par nos dirigeants. Néanmoins, les défis structurels profonds que doivent relever les femmes et les filles autochtones tardent à être communiqués efficacement aux Canadiens. Sans mesures concrètes pour relever ces défis, leurs vies continuent d’être exploitées.

Le fléau de la traite des personnes, et ses lourdes conséquences sur les femmes et les filles autochtones, est à la fois une actualité locale et une honte nationale.

Des liens ont aussi été établis entre la surreprésentation des femmes et des filles autochtones dans la traite des personnes et l’exploitation sexuelle et la crise nationale des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées. En effet, il a été constaté que l’omniprésence des personnes disparues indique une potentielle traite des personnes.

Afin de résoudre l’enjeu complexe de la traite des personnes, ONWA plaide en faveur d’une approche collaborative où tous les secteurs travaillent ensemble afin de créer une sécurité dans les communautés autochtones, indépendamment de l’emplacement et de la juridiction. Les programmes et les services d’ONWA ont une approche, avisée sur les traumatismes, dont la priorité centrale est la sécurité des femmes autochtones.

Par exemple, le programme Aakode’ewin : un service de première ligne, dirigé par des survivantes, qui garantit que les voix des survivantes sont prépondérantes dans la conception et la prestation du soutient communautaire. Ce programme vise à assurer la sécurité immédiate des femmes et des filles autochtones qui travaillent dans l’industrie du sexe ou qui sont en situation de traite des personnes. Puisqu’elles ont la meilleure connaissance et la meilleure expertise sur ses enjeux, ONWA a travaillé directement avec les survivantes afin de développer ce programme.

Un aspect crucial du travail d’ONWA pour s’attaquer à la traite des personnes est d’écouter les survivantes. Les femmes autochtones ont dit que la colonisation les avait muselées. À cet égard, les médias et les journalistes canadiens devraient s’appliquer davantage à mettre en contexte la souffrance engendrée par la traite des personnes, particulièrement pour un public canadien insensible à cette tragédie continue.

ONWA joue un rôle de première ligne pour la sensibilisation à la traite des personnes en Ontario en dévoilant comment cet enjeu affecte les femmes et les filles autochtones, leurs familles et leurs communautés. Ce travail implique de soutenir les survivantes de traite des personnes pendant leur processus de guérison, et de les impliquer dans la planification des services de soutien aux femmes qui ont été l’objet de traite. Mais, le travail d’ONWA à lui seul ne suffit pas. Pour éduquer le grand public, il est crucial que les médias canadiens et le journalisme de service public amène la question de la traite des personnes et de ses causes systémiques dans le discours national.

Les médias et les journalistes canadiens devraient s’appliquer davantage à mettre en contexte la souffrance engendrée par la traite des personnes, particulièrement pour un public canadien insensible à cette tragédie continue.

Au niveau sociétal, pour remédier à la traite des personnes, il faut aussi remédier aux enjeux d’intersectionnalité tels que la pauvreté, l’itinérance et l’éducation puisqu’ils pourraient inciter les femmes autochtones à compromettre leur sécurité afin de répondre à leurs besoins essentiels. Rétablir le pouvoir des femmes autochtones au sein de leurs familles, de leurs communautés et de leurs nations permet de changer ces enjeux collectivement.

La colonisation, dans sa course à la prospérité, a déséquilibré et détruit des aspects fondamentaux de la société et de la communauté autochtone. Cette prospérité reste inaccessible à la plupart des autochtones qui ont trop souvent connu des expériences de pauvreté et de violence – ce qui continue de tourmenter leurs femmes, leurs filles et leurs communautés. Pour mettre un terme au cycle de la traite des personnes, une humanité commune doit prendre la place des murs d’indifférence érigés entre les systèmes coloniaux tels que les services sociaux, la protection de la jeunesse et les systèmes d’éducation.

Un grand travail s’impose afin d’établir un juste respect des femmes et des filles autochtones. Leur protection de l’emprise de la traite des personnes qui sévit dans les rues et dans les villes, tant dans les communautés urbaines que dans les communautés éloignées, est une priorité nationale restée lettre morte. Oui, une priorité nationale, car des femmes et des filles autochtones sont affectées dans les communautés partout au Canada.

Les récits de force, d’initiative et de résilience des femmes autochtones sont pratiquement invisibles dans l’espace médiatique. Il en va du devoir collectif des journalistes, à l’occasion de la Journée sensibilisation à la traite des personnes, de changer les perceptions malavisées du public, et non de les renforcer. Derrière chaque histoire de traite des personnes, se cache l’histoire d’une personne. L’histoire d’une mère, d’une sœur, d’une fille qui lutte contre des obstacles accablants afin de mener la vie sécuritaire et prospère que chacune d’entre elles mérite.

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