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Un journal local florissant en pleine crise médiatique

Un journal local florissant en pleine crise médiatique

Écrit par
Dave Bidini
le
14 janvier 2020

L’auteur et musicien Dave Bidini explique pourquoi il a choisi de fonder un journal communautaire en 2017, et comment son équipe et lui, qui agit à titre d’éditeur, de rédacteur et de responsable des abonnements au West End Phoenix, ont assuré la survie de la publication alors que les grands journaux sont en déclin.

Un journal local florissant en pleine crise médiatique

Le West End Phoenix célèbre tout juste son troisième anniversaire alors que le journalisme est en plein déclin.

Les dernières années – la dernière décennie, admettons-le – ont été horribles pour le journalisme : la propagande des « fausses nouvelles » alimentée par Donald Trump et Fox News, le déluge d’articles mensongers provenant de Facebook et l’incapacité de la plupart des médias imprimés traditionnels à s’intégrer au royaume des publications numériques ont tous laissé des marques profondes. Un très grand nombre de rédacteurs ont perdu leurs emplois, les salles de nouvelles ont été éviscérées et le déclin des rémunérations a forcé les diplômés en journalisme à accepter des emplois dans le domaine de la communication et des relations publiques pour arriver à gagner leurs vies. Les pages des journaux sont de plus en plus minces et même les portails numériques sont moins robustes : les coups durs ont malmené, voire anéanti la vocation.

Pendant ce temps, et malgré la noirceur des nuages qui nous menacent, un petit groupe d’entre nous a tenu à lancer le West End Phoenix, un quotidien imprimé communautaire qui dessert plusieurs quartiers de Toronto, allant de Spadina à l’Humber River et d’Eglinton au lac — nos frontières sont par ailleurs très poreuses, puisque nous avons également des lecteurs à l’est de la ville, et même ailleurs au Canada.

Le simple fait de fonder un journal est un acte politique, un geste que nous posons en faveur de la démocratie, de la liberté de presse et de l’art de raconter.

Cette idée de fonder un journal est née lors d’un été que j’ai passé au service du journal le Yellowknifer, un imprimé florissant de la ville de Yellowknife. À mon retour à Toronto, j’ai découvert que la plupart de nos journaux communautaires avaient été achetés par les éditions Metroland, qui les avaient transformés en feuillets publicitaires glorifiés, sans aucun véritable contenu. J’ai donc fait du porte-à-porte et réussi à vendre 800 abonnements avant même qu’un seul numéro n’ait été imprimé. Nous voici trois ans plus tard, et nous faisons toujours rage.

On nous pose souvent la question des affiliations politiques du West End Phoenix, et ma réponse est que le simple fait de fonder un journal est un acte politique, un geste que nous posons en faveur de la démocratie, de la liberté de presse et de l’art de raconter. Nous avons, selon moi, deux types de lecteurs : d’un côté, les activistes impliqués dans la collectivité, et de l’autre, ceux qui sont à la recherche d’un rapport plus tactile à l’information, un endroit où l’existence sans téléphone est possible et où l’on peut se perdre des heures durant dans la lecture. La communauté que nous avons construite est petite, mais énergique; les volontaires responsables de la livraison connaissent bien leurs lecteurs et nos collaborateurs sont célébrés en raison de l’endroit où ils vivent.

Le WEP a réuni lecteurs et écrivains et a également permis à plusieurs quartiers de s’épanouir — nos auteurs sont parmi les plus importants du Canada et ont été embauchés pour parler de l’endroit où ils et nous vivons ensemble. Nous avons ainsi réinventé ce que peut et doit être un journal communautaire en 2020. Nous voulons que notre journal soit lu de la même manière que nous lisions autrefois le LA Weekly ou le Village Voice : je n’ai jamais habité sur la rue St-Mark, mais les histoires et les façons de raconter de ces journaux étaient trop captivantes pour être ignorées. Nous espérons qu’il en est de même lorsqu’Heidi Sopinka parle des poulets de l’avenue Davenport, lorsque Ryan McMahon raconte les tentes de sudation de la rue Sherbourne ou lorsque Micheal Winter traite du restaurant Vesta Lunch. Nos collaborateurs sont rémunérés à des taux qui respectent les normes de l’industrie, ce sans aucune aide gouvernementale ou subvention quelconque.

En ce qui a trait à nos revenus, nous comptons sur mécènes et donateurs, de même que sur près de 2000 abonnées, bien que ce chiffre devra augmenter pour que nous ayons une chance de survivre au-delà de trois ans. Le journal est en pleine croissance, mais il n’en demeure pas moins que dans les prochaines semaines et les prochains mois, ma tâche en tant qu’éditeur sera de convaincre les lecteurs intéressés par notre journal à monter à bord et à s’inscrire à la livraison à domicile ou par la poste (nous livrons partout à travers le monde).



Vous voulez prendre part à la lutte pour la défense de nos médias publics et de notre culture? Voici ce que vous pouvez faire :


Nous organisons aussi plusieurs activités de financement qui nous permettent de rester fidèle à ce modèle, comme une levée de fond dans le cadre d’un concert unique en son genre, à la House of Strombo de George Stroumboulopoulos, ou des lectures publiques en compagnie de Margaret Atwood (l’une de nos premières supportrices) et de Claudia Dey (une collaboratrice régulière). En mai dernier, 500 de nos abonnés nous ont rejoints à la Junction Brewery pour célébrer et assister à Double-Or-Nothing, un spectacle de rock au cours duquel Alex Lifeson, Chris Walla, Sarah Harmer et Terra Lightfoot ont chanté en duo. Qui aurait cru que le journalisme pouvait être si amusant en 2019?

Nos auteurs sont parmi les plus importants du Canada et ont été embauchés pour parler de l’endroit où ils et nous vivons ensemble. Nous avons ainsi réinventé ce que peut et doit être un journal communautaire en 2020.

Puisque nous sommes pratiquement incapables d’investir dans la publicité et le marketing, il est encore très difficile de faire connaître qui nous sommes et ce que nous faisons. Nous dépendons ainsi des pancartes installées dans les cours, du bouche-à-oreille et des médias sociaux, que nous tentons de bombarder chaque fois que nous publions un numéro ou que nous organisons un événement. Ce sont des petits pas, mais des pas tous de même. Notre volonté : soutenir et encourager financièrement les auteurs, les photographes et les illustrateurs tout en offrant un robuste journalisme communautaire à une époque où le reportage local de haute qualité est de plus en plus difficile à trouver. Voilà ce que nous faisons et voilà ce qui nous motive. Maintenant que les quotidiens appartenant à Metroland ont tous été fermés et que le NOW a été vendu à des petits investisseurs, nous aimerions être en mesure de combler l’espace créé par cette brèche lorsque le temps sera venu.

Je crois que les gens voient ce que nous tentons de faire – nous avons ainsi connu, dans la première semaine de décembre, la plus importante vague d’abonnements de toute l’histoire du journal. Espérons que ce ne soit qu’un début.

Défendons ensemble nos intérêts culturels et économiques.