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Notre soumission à la ministre des Finances dans le cadre des consultations pour le budget de 2024

9 février 2024

L’honorable Chrystia Freeland
Ministère des Finances du Canada
 90, rue Elgin
 Ottawa (Ontario) K1A 0G5

Madame la ministre,

Merci de nous avoir accordé l’occasion de présenter des recommandations pour les consultations avant le budget fédéral de 2024.

Les Amis des médias canadiens sont un mouvement citoyen non partisan qui défend les voix d’ici dans nos médias. De la radiodiffusion publique aux nouvelles, à la culture et au discours civil en ligne, nous travaillons à protéger et à défendre notre riche souveraineté culturelle, ainsi que la démocratie saine qu’elle soutient.

Maintenant que la Loi sur la diffusion continue en ligne et la Loi sur les nouvelles en ligne ont reçu la sanction royale, nous devons nous pencher sur le dossier de CBC/Radio-Canada, une de nos institutions les plus importantes, qui néanmoins souffre de sous-financement chronique.

Comme vous le savez, le financement de CBC/Radio-Canada a été constamment réduit depuis les années 1980. Tous les premiers ministres, de Brian Mulroney à Stephen Harper, l’ont laissée plus appauvrie que leur prédécesseur. S’il est vrai que le gouvernement actuel a commencé à investir dans notre radiodiffuseur public national au début de son premier mandat, le financement de CBC/Radio-Canada par habitant en dollars constants n’a jamais été aussi bas depuis 1961. En même temps, CBC/Radio-Canada doit offrir une plus ample programmation, dans plusieurs langues, et sur plusieurs nouvelles plateformes. Mathématiquement, cela ne peut fonctionner, et le fait que notre radiodiffuseur public national ait été obligé d’obtenir des fonds publicitaires pour augmenter son budget de fonctionnement le confirme.

De plus, il y a eu l’année dernière une vague de désinformation et de menaces contre l’existence même de CBC/Radio-Canada. Certains politiciens verraient volontiers la SRC démantelée. Mais à une époque où la désinformation et le tribalisme politique menacent notre discours démocratique et sapent le rôle d’un journalisme crédible dans la vie publique, un radiodiffuseur public national fort est plus important que jamais.

En fait, une recherche que nous avons commandée montre que 55 % des Canadiens interrogés « font entièrement confiance à CBC/Radio-Canada pour être fiable et véridique » et que 58 % sont d’accord que CBC/Radio-Canada devrait continuer de recevoir un financement gouvernemental.

Avec l’engagement de la ministre du Patrimoine à redéfinir le rôle de notre diffuseur public national, ces chiffres augmenteront sans aucun doute. Mais aussi novatrices ou éclairées que puissent être les suggestions du groupe consultatif d’experts nommé par la ministre, il faudra plus d’argent pour faire avancer les choses de manière significative. Et inclure CBC/Radio-Canada parmi les sociétés d’État tenues de réduire leurs dépenses annuelles de 3,33 % est contraire à ce progrès potentiel. Avec 800 suppressions d’emplois déjà en cours, ces nouvelles réductions feront le jeu de ceux qui sauteront sur toute occasion de décrire notre radiodiffuseur public national comme étant dépassé, inefficace et inutile.

Mais peut-être plus important encore, dans ce climat de licenciements récurrents et dévastateurs dans les médias privés, nous courons le risque que les déserts de l’information locale que nous avons vus dans les médias écrits viennent toucher les nouvelles sur la télévision. CBC/Radio-Canada est le seul radiodiffuseur canadien tenu, en vertu de la Loi sur la radiodiffusion, de diffuser des émissions de nouvelles et d’information dans toutes les régions du pays. Alors que les radiodiffuseurs privés continuent d’abandonner les nouvelles, en particulier les nouvelles locales, notre radiodiffuseur public national doit disposer des ressources nécessaires pour combler ce vide et remplir son mandat législatif. Sinon, ces trous seront comblés par de plus en plus de groupes d’intérêts spéciaux, de mésinformation et de désinformation.

En gardant tout ce qui précède en tête, nous suggérons que vous devriez exempter CBC/Radio-Canada du gel budgétaire de 3,33 % annoncé l’année dernière et que le budget 2024 devrait prévoir un financement durable et en constante augmentation sur une période de 10 ans pour CBC/Radio-Canada, lui offrant à la fois les ressources dont elle a besoin pour remplir son mandat évolutif et la certitude que procure une situation financière stable. Ce type d’engagement financier enverra le message à tous les Canadiens et Canadiennes que leur gouvernement croit en CBC/Radio-Canada et dans le rôle essentiel et fiable qu’elle joue dans la vie publique canadienne.

Dans le cadre de ce processus, les Amis des Médias anadiens souhaitent également apporter leur soutien au Bureau de l’écran autochtone (BEA) et au Bureau de l’écran des Noirs (BEN). En adoptant le projet de loi C-11, le gouvernement a soutenu sans équivoque les récits qui reflètent les points de vue des communautés autochtones et des Canadiens issus des communautés noires. Nous soutenons donc que le BEA et le BEN devraient bénéficier d’un financement opérationnel stable et prévisible sur au moins trois ans pour garantir l’autonomisation des peuples autochtones et des Canadiens noirs travaillant dans les industries culturelles.

Je vous prie d’agréer, Madame la Ministre, l’hommage de mon profond respect.

Marla Boltman, Directrice générale

cc: L’honorable Pascale St-Onge, C.P., députée, ministre du Patrimoine canadien
Mme Rachel Bendayen, députée, Secrétaire parlementaire de la vice-première ministre et ministre des Finances