Décrypteur politique n° 3 : Souveraineté culturelle et souveraineté numérique : quelle est la différence et pourquoi est-elle importante ?

Dans les discussions sur les médias, la démocratie et la technologie au Canada, deux termes reviennent de plus en plus souvent : souveraineté culturelle et souveraineté numérique. Bien qu’étroitement liées, ces deux notions sont distinctes, et il est plus important que jamais de comprendre cette différence.
À l’heure où la plupart des Canadiens et Canadiennes accèdent aux nouvelles, à la culture et à l’information par l’intermédiaire de plateformes numériques gérées à l’extérieur du Canada, cette distinction permet de mieux comprendre les enjeux pour notre système médiatique et notre démocratie.
Souveraineté culturelle : Qui a le droit de raconter nos histoires ?
La souveraineté culturelle repose sur une question bien simple :
👉 Qui a le droit de raconter les histoires canadiennes et à quelles conditions ?
Au Canada, la souveraineté culturelle a longtemps consisté à garantir la place :
- aux voix et aux perspectives canadiennes
- à un journalisme qui reflète nos communautés
- à des institutions publiques comme Radio-Canada
- à des politiques qui soutiennent les créateurs canadiens
- à du contenu canadien accessible en ligne
Essentiellement, la souveraineté culturelle pose la question suivante :
Les Canadiens et Canadiennes peuvent-ils décider comment leurs histoires sont racontées, partagées et perpétuées dans l’intérêt public ?
Nous avons exploré cette idée plus en détail dans notre article expliquant la signification et l’importance de la souveraineté culturelle.
👉 Lire l’article ici : https://les-amis.ca/decrypteur-politique-n-2-notre-souverainete-culturelle-et-notre-identite/
Souveraineté numérique : Qui contrôle les systèmes qui sous-tendent ce que nous voyons ?
La souveraineté numérique déplace l’attention des récits vers les systèmes.
Il s’agit de savoir si un pays peut gouverner les plateformes numériques, les données et les technologies qui façonnent aujourd’hui la vie publique, conformément à ses propres lois et valeurs démocratiques.
Aujourd’hui, les plateformes numériques :
- Décident des nouvelles et des contenus culturels qu’on voit (et de ceux qu’on ne voit pas)
- Utilisent des algorithmes qui récompensent l’attention et l’engagement
- Collectent et tirent profit d’énormes quantités de données
- S’appuient de plus en plus sur des systèmes d’IA entraînés sur du contenu existant
Le gouvernement du Canada définit la souveraineté numérique comme la capacité de contrôler les données, les systèmes et l’infrastructure numérique dans l’intérêt public.
👉 Pour en savoir plus, consultez le Cadre de souveraineté numérique du gouvernement du Canada :
La souveraineté numérique soulève une autre question :
Le Canada peut-il établir les règles de l’environnement numérique, ou ces règles sont-elles en réalité établies ailleurs ?
Il ne s’agit pas seulement d’un enjeu technologique. C’est une question de pouvoir, de responsabilité et de contrôle démocratique.
Lien entre souveraineté culturelle et souveraineté numérique
Le lien entre la souveraineté culturelle et la souveraineté numérique est de plus en plus direct.
En pratique, la souveraineté numérique détermine maintenant la possibilité même de la souveraineté culturelle.
Même lorsque le Canada a des lois pour soutenir la culture et le journalisme canadiens :
- Les plateformes étrangères contrôlent la visibilité
- Les algorithmes privilégient l’engagement plutôt que l’intérêt public
- Les systèmes d’IA peuvent être formés sur des sujets journalistiques sans consentement ni compensation. Les marchés publicitaires sont dominés par les plateformes mondiales.
- Autrement dit, la politique culturelle à elle seule ne suffit plus si le Canada ne peut pas également réglementer les systèmes numériques par lesquels la culture est produite, diffusée et consommée.
Pourquoi c’est important maintenant
Le Canada est au cœur d’une transformation majeure de sa politique médiatique. Des lois comme la Loi sur la diffusion continue en ligne et la Loi sur les nouvelles en ligne témoignent d’une volonté claire d’adapter les anciennes règles au monde numérique.
Mais les lois, à elles seules, ne suffisent pas.
Leur impact dépend de leur mise en œuvre et de la compréhension, par le public, de l’importance de ces enjeux.
Voici pourquoi cette distinction est essentielle :
- La souveraineté culturelle permet de préciser ce qu’on cherche à protéger.
- La souveraineté numérique explique pourquoi les outils traditionnels ne suffisent plus.
- Ensemble, elles nous aident à comprendre les médias comme faisant partie intégrante de l’infrastructure démocratique.
Un enjeu démocratique, non partisan.
Parler de « souveraineté » peut parfois sembler idéologique. En réalité, ces discussions portent sur des préoccupations démocratiques quotidiennes.
Il s’agit de savoir si les citoyens :
- peuvent accéder à de l’information fiable
- peuvent voir leurs communautés reflétées dans les médias
- peuvent demander des comptes aux acteurs influents
- ont une influence réelle sur la gouvernance des systèmes qui façonnent la vie publique
Ce ne sont pas des questions partisanes, mais des questions démocratiques.
Pourquoi les Amis des médias canadiens se concentrent sur les deux
Les Amis des médias canadiens œuvrent à l’intersection de la souveraineté culturelle et numérique, car protéger l’une sans l’autre ne suffit plus.
Soutenir le journalisme, la radiodiffusion publique et le récit au Canada aujourd’hui, c’est :
- Responsabiliser les plateformes numériques
- Exiger la transparence du fonctionnement des algorithmes
- Assurer des règles équitables en matière de données et d’IA
- Mettre l’intérêt public – et non le seul profit – au cœur des politiques médiatiques
Alors que des décisions importantes seront prises dans les années à venir, la compréhension de ces idées et de leurs liens sera essentielle à un débat public constructif.